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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/854

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et j’en devais parler tout d’abord ; mais nous venons de voir combien ces intérêts éphémères perdent d’importance et reculent au second plan, quand on passe aux affaires de demain, aux affaires du catholicisme. Nous sommes maintenant en mesure d’examiner les chances de relèvement du pouvoir temporel ; l’opinion qu’on peut s’en faire dépend de la réponse donnée à cette question : Est-il indispensable au catholicisme ? Est-il du moins en harmonie avec l’évolution probable de l’église ? Une loi commune à tous les êtres veut qu’un organe particulier s’étiole et disparaisse dès qu’il n’est plus nécessaire aux fonctions générales de l’organisme. Je crois sincèrement que cette loi vient d’atteindre le pouvoir temporel des papes, et qu’il n’est plus qu’un grand souvenir.

Les pierres en témoignent à Rome, et il faut toujours écouter leur langage. Regardez cette ville, vous y verrez l’histoire marcher comme un être vivant, avec sa lente et cruelle puissance de métamorphose, son indifférence implacable pour les plus belles formes, quand leur heure est venue de céder la place à d’autres. Les magnificences de la Rome papale sont encore debout ; mais elles s’enfoncent dans le passé, elles se confondent presque avec celles de la Rome antique d’où elles étaient sorties, et l’on saisit mieux l’étroite parenté de cette agonisante avec cette morte, car deux cadavres se ressemblent encore plus que deux vivans. Cette multitude somptueuse d’églises et de palais, qui est la Rome des Médicis, des Aldobrandini, des Borghèse, perd peu à peu la physionomie d’un organisme en activité, pour passer à l’état monumental, à l’état de musée. Une Rome laïque, industrielle, affairée, une ville d’ateliers et de fabriques, croit et végète autour de ce musée, l’écornant à tous les angles. La cité nouvelle ne reflète plus les goûts fastueux d’un patriciat ecclésiastique ; c’est la chose du peuple, modelée sur la condition médiocre, laide et pénible du grand nombre. Le spectacle est désolant pour l’artiste, et celui qui n’est qu’artiste le maudit. Mais il est d’un intérêt poignant pour celui qui pense. C’est le trait commun à tous les spectacles que ce temps nous donne. L’œil voit disparaître la beauté plastique et poétique, il a peine à en faire son deuil ; la pensée se console avec une beauté plus cachée, tout abstraite et métaphysique, la beauté des idées en travail dans l’histoire. L’esthétique de l’artiste, avec ses grandeurs visibles, est sacrifiée à l’esthétique du géomètre ou de l’astronome ; celle-ci a moins de charme, peut-être plus de grandeur.

Si nous reportons nos regards des pierres sur les faits, de Rome sur le monde, la leçon est la même. L’église universelle perd et perdra chaque jour davantage ses attaches avec les domaines