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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/685

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deux souverains, nous considérons la cause de la France comme la nôtre et que nous contribuerons au succès de ses armes dans la limite du possible. » — On lisait plus loin : « Le mot neutralité, que nous prononçons, non sans regrets, nous est imposé par une nécessité impérieuse et par une appréciation logique de nos intérêts solidaires. Mais cette neutralité n’est qu’un moyen, le moyen de nous rapprocher du but véritable de notre politique, le seul moyen de compléter nos armemens sans nous exposer à une attaque soudaine, soit de la Prusse, soit de la Russie, avant d’être en mesure de nous défendre.. : Que l’empereur Napoléon place la négociation romaine entre nos mains, qu’il nous laisse aux yeux des populations italiennes comme des nôtres l’initiative d’avoir résolu le problème de Rome, et nous croyons pouvoir lui promettre à notre tour que toutes les difficultés qui s’opposent encore à notre action commune disparaîtront. » Le lendemain, il écrivait au duc de Gramont : « Comptez sur nous dans les limites du possible… Avec un peu de confiance mutuelle, nous viendrons à bout de toutes les difficultés. »

De telles dépêches, dans lesquelles M. de Beust exposait ses difficultés et ses desseins « avec toute la franchise qu’on se doit entre bons alliés, » autorisaient-elles, oui ou non, le cabinet français à croire que l’alliance de l’Autriche lui était acquise ? Les rapports qu’il recevait de notre ambassadeur à Vienne l’affermissaient dans sa confiance. Le prince de La Tour d’Auvergne ne doutait pas de la sincérité du chancelier, qui causait librement avec lui et l’assurait « de son intention bien arrêtée de hâter ses préparatifs militaires et de nous accorder son appui armé aussitôt que les circonstances le permettraient. » Le prince et le cabinet français se trompaient : partagé, ballotté entre ses désirs et ses inquiétudes, le comte de Beust, qui nous accuse de lui avoir procuré bien des nuits blanches, se trouvait aux prises avec de grands embarras ; il tâchait de s’en tirer par des ruses de renard, il tergiversait, il voulait laisser à la fortune le temps de se prononcer. « Si j’avais été un aventurier, nous dit-il, la partie était facile à gagner. Je n’avais qu’à demander à Paris 600 millions, que j’aurais obtenus sans délai. Je suspendais la constitution et la loi sur la presse ; la Hongrie ne m’aurait pas arrêté. Vainqueur, j’étais un grand homme ; vaincu, je prenais le large. »

Quand le canon eut parlé et que la France fut condamnée, il ne pensa plus qu’à se ménager une réconciliation avec le vainqueur et à se faire pardonner les manèges de sa politique équivoque. Le 26 décembre, il répondait avec un cordial empressement aux premières avances de M. de Bismarck, lui déclarait a que l’union de l’Allemagne, sous la conduite de la Prusse, était un événement de premier ordre dans le développement moderne de l’Europe, et que dans tous les cercles dirigeans de