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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/684

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conclusion d’un traité. Le roi d’Italie demandait que la France évacuât Rome et s’engageât, quoi qu’il advînt, à n’y jamais rentrer, et il répugnait à l’empereur d’abandonner le pape aux hasards des événemens et aux entreprises des révolutionnaires italiens.

M. de Beust soutient que non-seulement il n’avait pris aucun engagement avec la France, mais qu’à peine eut-il connaissance de l’affaire Hohenzollern, il s’était empressé d’avertir le gouvernement impérial que si la guerre éclatait, on n’eût pas à compter sur lui. Il cite à l’appui de son assertion une dépêche qu’il adressa au prince de Metternich, dès le 11 juillet, et qu’il reproduit dans ses Mémoires avec un peu d’étalage. Dans cette dépêche très explicite, il revendiquait « une entière liberté d’action pour l’empire austro-hongrois. » — « Une attitude bienveillante pour la France, la résolution de ne pas nous entendre avec une autre puissance, voilà tout ce que le gouvernement de l’empereur peut promettre aujourd’hui sans être démenti par le sentiment général. « Il est à remarquer que cette dépêche si importante, si propre à ôter au cabinet français toutes ses illusions, personne ne la vit, sauf celui qui l’avait écrite ou dictée et celui qui l’avait reçue. Elle ne fut pas montrée au duc de Gramont ; il n’eut le plaisir de la lire qu’en 1873, quand M. de Beust eut l’obligeance de lui en expédier une copie, et tout porte à croire, en effet, qu’elle n’était pas destinée à être vue, qu’on se réservait le droit de la faire figurer plus tard, le cas échéant, dans quelque livre rouge ; qu’on s’était proposé en l’écrivant de se mettre à couvert de toute chance et de tout reproche.

Ce qui prouve que cette mystérieuse dépêche ne devait pas être communiquée au gouvernement français, c’est que le 20 juillet, cinq jours après la déclaration de guerre, M. de Beust écrivait à son ambassadeur à Paris : « Nous avons différé jusqu’ici de nous expliquer sur l’attitude que nous aurions à prendre dans le cas où la guerre deviendrait inévitable. » Si, dès le 11 juillet, M. de Beust avait déclaré nettement au cabinet des Tuileries qu’on n’eût pas à compter sur lui, pourquoi écrivait-il, neuf jours plus tard, qu’il avait différé jusque-là de s’expliquer ? Au surplus, sa nouvelle dépêche ne disait pas grand’chose et ne promettait rien. Mais le même jour, il adressait au prince de Metternich une lettre privée, qu’il n’a en garde de reproduire en son entier, et qui commençait ainsi : « Cher ami, le comte Vitzthum a rendu compte à notre auguste maître du message verbal dont l’empereur Napoléon a daigné le charger. Ces paroles impériales, ainsi que les éclaircissemens que M. le duc de Gramont a bien voulu y ajouter, ont fait disparaître toute possibilité d’un malentendu que l’imprévu de cette guerre soudaine aurait pu faire naître. Veuillez donc répéter à Sa Majesté et à ses ministres que, fidèles à nos engagemens, tels qu’ils ont été consignés dans les lettres échangées l’année dernière entre les