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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/679

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ses Mémoires, qui sont moins des mémoires qu’une apologie et un panégyrique de M. de Beust, composés avec art par M. de Beust lui-même [1].

Sa biographie avait été écrite jadis par le docteur Ebeling. Quand le premier volume eut paru, il remercia chaudement l’auteur, qui ne lui avait pas ménagé les éloges, mais il lui fit observer que les louanges produisent plus d’effet quand elles sont tempérées par quelques critiques, par quelques réserves. Le docteur se le tint pour dit, et dans son second volume, il fit tant de réserves, il tempéra si consciencieusement l’éloge, que M. de Beust fut tenté de crier à la trahison, et conclut de cette aventure que le meilleur parti à prendre est de se louer soi-même. Aussi, tout en s’accusant d’avoir commis de fâcheuses imprudences qui témoignent de l’excessive générosité de son caractère, il s’est appliqué à démontrer dans ses Mémoires qu’il a toujours vu clair dans toutes les affaires de ce monde, que tous ses desseins avaient été sagement conçus, que ses entreprises n’ont échoué que par une trahison de la fortune, que tout irait mieux aujourd’hui en Europe si l’Europe avait suivi ses conseils et écouté avec plus de déférence ses prophétiques avertissemens.

Il a profité aussi de l’occasion pour reproduire tout au long nombre de ses dépêches dont il était justement fier et plusieurs de ses discours qui avaient été justement applaudis. Il y a joint le recueil de ses reparties les plus heureuses, de ses épigrammes les mieux venues, de ses bons mots qui avaient fait quelque bruit, et comme à ses nombreux et incontestables talens il se piquait d’ajouter celui de faire des vers français, il a glissé dans son gros livre quelques quatrains, choisis, pensons-nous, parmi les meilleurs. Il a tenu à faire savoir à la postérité qu’à l’avènement du sultan Abdul-Hamid il avait formulé ainsi son jugement sur les Turcs :

Si autre part cela va de mâle en mâle,
Chez eux cela va de mal en pis.

Il nous apprend aussi qu’ayant passé quelques jours à Trieste chez le baron Revoltella, dont la maison était ornée de belles statues de femmes, il avait écrit en partant, dans l’album de son hôte, les petits vers que voici :

Adieu donc, cher monsieur de Revoltello.
Adieu, maison hospitalière.
Adieu encore, ô toutes mes belles.
Pourquoi, hélas ! étiez-vous de pierre ?
  1. Aus Drei Viertel-Jahrhunderten, Erinnerungen und Aufzeichnungen, von Friedrich Ferdinand Graf von Beust, in zwei Bänden. Stuttgart, 1887.