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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/632

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du plein air, ou plutôt qui s’y associe pour la bien diriger : c’est une admiration fréquente et sincère pour les vieux portraitistes flamands, allemands et français de la renaissance. Depuis que Paul Baudry, Delaunay, Bastien Lepage, suivant l’exemple d’Holbein et des Clouet, ont montré de nouveau qu’il suffisait du plus petit panneau pour donner à une effigie humaine toute sa signification, le goût des portraits en format réduit s’est beaucoup répandu chez les amateurs et chez les artistes. Le Salon actuel nous en offre un certain nombre où la précision est poussée quelquefois à un rigorisme minutieux qui, par instans, avoisine la sécheresse ; mais ce rigorisme nous effraie bien moins, nous l’avouons, que l’extrême relâchement auquel on semblait naguère s’habituer. Les ouvrages de MM. Dagnan, Friant, Maurin, Lignier, Grison, Crochepierre sont, sous ce rapport, curieux à étudier ; c’est dans ceux de MM. Dagnan et Friant que résonne la note la plus juste.

Quant aux figures d’étude, soit habillées, soit nues, si le nombre en est énorme, il en est bien peu qui fixent longtemps l’attention, soit par la poésie de l’attitude, soit par la beauté des formes, soit par l’originalité ou par la perfection de l’exécution. L’imagination des artistes ne se met guère en frais pour relever, par un semblant de rêve ou d’enthousiasme, les modèles grossiers qu’ils déshabillent ; jamais on n’a vu s’étaler purement et simplement, dans les ateliers mêmes où elles ont posé, des femmes le plus souvent fort imparfaites, qui se chauffent, lisent, fument, bâillent, s’étirent avec un sans-gêne plus répugnant que provocant. On a quelque peine à voir des praticiens aussi habiles que M. Bompard et M. Lucien Doucet apporter un sentiment si peu respectueux dans l’étude de la beauté féminine. Donner aux carnations roses ou pâles toute la fraîcheur délicate de la nature, aux étoffes souples ou cassantes leur brillant ou leur matité, inventer des nuances délicieuses pour passer harmonieusement de la figure aux fonds, c’est sans doute quelque chose, c’est même beaucoup pour un peintre. Sous ces rapports, M. Doucet, dans son étude au pastel, se montre déjà maître ; mais croit-il que la poésie de l’attitude n’y compléterait pas bien la poésie de la chair ? On ne peut sans doute exiger de tous les artistes qui se livrent à ce genre d’études d’enseigner la vertu par les nudités, bien que la Grèce et l’Italie aient trouvé, dans la forme humaine, un instrument d’exaltation pure et noble qui ressemble fort à une action morale. On peut du moins leur demander, lorsqu’ils ont la délicatesse du talent, d’apporter la même délicatesse dans la présentation de ce talent. Quelque admiration qu’on doive éprouver pour la dextérité du plus habile d’entre eux, M. Chaplin, ne peut-on regretter qu’en faisant une telle part à l’idéal