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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/631

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impressionnistes d’en pouvoir connaître un jour de pareils. La conscience de l’observation, l’exactitude du dessin, la distinction de l’arrangement, la fermeté du style, la sûreté du rendu, le soin des détails, assurent aux Portraits de Mme C*** et de Mme R***, par M. Gustave Boulanger, et à ceux de Mlle Mary et de M. Robert G***, par M. Jules Lefebvre, une valeur durable et supérieure à toutes les fluctuations de la mode. M. Lefebvre joint à ce groupe d’enfans une étude de fantaisie, une de ces figures vaguement allégoriques, comme les artistes anglais en rêvent volontiers, une jeune fille au sein nu, chastement drapée de blanc, qui tient d’une main une gerbe de végétations printanières, et de l’autre attache une fleur dans ses cheveux. Ce Morning Glory, qui, comme les études de ce genre, vaut surtout par l’exécution, montre une fraîcheur d’aspect et une délicatesse de formes que l’artiste rêve depuis longtemps, mais qu’il a rarement si bien réalisées. M. Emile Lévy a deux excellens portraits où l’on trouve, dans la coloration comme dans l’expression, la distinction modeste et pénétrante qui caractérise son talent, celui du Contre-amiral M*** à la peinture, celui de Mme E. R*** aux pastels. C’est aussi à la fermeté du dessin, à la gravité de l’impression, à la belle tenue de la peinture que doit son légitime succès le Portrait de M. Buffet, par M. Monchablon. Dans un autre ordre d’idées, M. Carolus-Duran, avec son entrain accoutumé, met vivement en scène un groupe de famille, une jeune mère et ses deux enfans, et M. Fantin-Latour nous présente, dans la tonalité grise et harmonieuse qui lui est familière, un portrait d’homme et un portrait de femme d’une simplicité exquise. M. Fantin a de nombreux imitateurs, parmi lesquels on peut remarquer MM. Binet et Marioton : il leur reste supérieur par l’intensité calme du sentiment. MM. Boulanger, J. Lefebvre, Lévy, Monchablon dans le camp de l’Académie, MM. Carolus-Duran et Fantin-Latour dans le camp des indépendans, sont déjà des vétérans.

Chez les jeunes portraitistes, on saisit davantage l’influence des tendances nouvelles. Quelques-uns d’entre eux, comme M. Mathey, M. Moreau (de Tours), M. La Touche, Mlle Breslau, M. Carrière, reconstituent même avec talent, autour du personnage représenté, soit un milieu d’intérieur, soit un milieu de paysage ; la plupart s’en tiennent à la simple présentation sur quelque fond neutre, mais on reconnaît, en général, leur âge à une recherche, souvent heureuse et délicate, des harmonies claires et fraîches. Ainsi font MM. Morot et Aviat dans des figures de jeunes femmes d’une honnêteté et d’un charme du meilleur goût. Il est d’ailleurs une influence excellente qui contre-balance chez eux celle des théoriciens