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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/623

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d’une œuvre classique ; il lui suffira de marcher dans cette voie, en perfectionnant sa science de dessinateur, pour prendre décidément dans l’école le rang supérieur auquel il aspire.

Son petit tableau de Salomé dansant devant Hérode montre des qualités d’un autre ordre dans le genre anecdotique. Là, le dilettante chercheur pouvait se livrer, sans inconvénient, à sa passion pour les curiosités archaïques, pour les costumes bizarres, pour les somptuosités éclatantes du luxe asiatique, à son penchant parisien pour l’observation satirique et comique. Il n’a pas manqué de le faire, avec esprit, avec science, avec goût. La collection de Sémites, jeunes et vieux, rangés derrière la table du festin pour admirer les beautés provocantes de la danseuse court-vêtue, offre une exactitude et une variété de types fort amusantes. Les figures du premier plan sont précisées avec une attention rare, qui fait paraître, il est vrai, un peu négligées les figures placées à droite sur l’estrade, mais qui montre jusqu’où peut aller, au besoin, la virtuosité du jeune artiste. Là, comme dans la Curée, on sent enfin une recherche d’exactitude et un souci de précision qui sont du meilleur augure pour l’avenir de M. Rochegrosse ; car, sans cette recherche et sans ce souci qui rendent l’artiste de plus en plus difficile pour lui-même, l’habileté n’est qu’un leurre et la facilité n’est qu’un péril.

L’influence, bien comprise, des paysagistes qui nous ont rendu l’amour de la lumière, de l’air, de la vérité, n’aura pas été inutile à M. Rochegrosse ; la même influence suscite, à côté de lui, un autre peintre d’histoire, M. Tattegrain. Celui-ci a débuté naguère par une scène maritime d’une exécution simple et forte, les Deuillans, qui lui assura, presque du premier coup, une bonne place parmi les poètes de la vie rustique. Sa Reddition des Casselois à Philippe le Bon est encore une scène populaire, mais une scène plus importante qui, par les dimensions comme par le style, sort tout à fait du genre familier. M. Tattegrain, je m’imagine, doit être un paysagiste fervent et convaincu, accoutumé à vivre à la campagne parmi les campagnards, et, comme on disait au moyen âge, « fort pitoyable au pauvre peuple. » C’est une phrase touchante d’un vieux chroniqueur qui l’a frappé au cœur : « Tous les hommes au-dessus de XV ans et au-dessous de XL, apportant leurs habillemens de guerre, teste nue, deschaux et nuds pietz, se mirent à genoux en l’eau et la boue… Il fit ce jour si horrible temps de vent et de pluie, qu’il n’estoit homme qui peust durer aux champs, tellement que c’estoit grand pitié à voir… Le duc les reçeut à merci et leur pardonna leurs rébellions, réservé à vi qui eurent les têtes coppées… » C’est avec une sympathie visible que M. Tattegrain a entassé, sur la droite de son tableau, pataugeant dans les