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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/615

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les délicieuses peintures de Pompéi, comme on en pourrait surprendre peut-être, avec un peu d’attention, sur les plus beaux bas-reliefs de la Grèce. Ayons le courage d’avoir pour nos contemporains, lorsqu’ils nous donnent encore, même incomplètement, mais résolument et clairement, la divine émotion de la beauté, les indulgences dont nous sommes avec raison si larges pour leurs prédécesseurs. Dans ce carton, d’ailleurs, qui est peut-être sa meilleure œuvre, M. Puvis de Chavannes semble vouloir répondre aux justes reproches qui lui ont été adressés. La plupart de ses figures y sont accentuées, dans leur structure interne comme dans leur apparence extérieure, avec une précision mieux soutenue. M. Puvis de Chavannes a senti lui-même, en voyant ce que devient sa façon de faire chez ses imitateurs, qu’il est grand temps de s’arrêter dans la simplification ; il a compris que l’excès systématique de l’abréviation dans la forme deviendrait promptement aussi intolérable que le système contraire du détaillage à outrance ; nous pouvons espérer que, dans l’exécution définitive, le peintre se souviendra aussi que l’atténuation excessive des colorations n’est pas une condition indispensable de l’harmonie.

En face du carton de M. Puvis de Chavannes pour la Sorbonne se trouve une grande toile décorative, par M. Besnard, pour la mairie du Ier arrondissement (salle des mariages) qui suggère à peu près les mêmes réflexions. M. Besnard, ancien pensionnaire de Rome, ayant ensuite, durant un séjour à Londres, subi le charme des préraphaélites et des aquarellistes anglais, semble, plus encore que M. Puvis de Chavannes, préoccupé du renouvellement de l’art décoratif par une introduction des types, des costumes, ou, tout au moins, des sentimens modernes. C’est un praticien habile et raffiné, qui se plaît aux analyses subtiles des illuminations rares. La pratique de l’aquarelle et du pastel exagère en lui le goût des colorations exquises. Ses excentricités, dans ce genre, comme la Femme en jaune, de l’art dernier, et la Femme vue de dos à la lumière, de cette année, lui ont fait plus de réputation que ses œuvres originales et poétiques, telles que ses décorations à l’École de pharmacie. Il ne faut pas le condamner sur ces fantaisies, il ne faut pas non plus l’en trop louer. Une pratique prolongée de ces décolorations quintessenciées le rendrait vite impropre à peindre vigoureusement de grandes compositions ; et, en vérité, ce serait dommage. Dans l’effroyable pénurie d’inventeurs où nous sommes, M. Besnard semble encore de ceux qui sont capables de mettre dans leurs œuvres une bonne part d’imagination et de poésie. Dans tout ce qu’il fait, on sent l’homme cultivé qui voit de haut et qui peut regarder loin ;