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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/568

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lui dit pas : All right, tout va bien, — j’en serais surpris, car il possède la qualité qui mène droit au salut : il est bon. Lors du premier de l’an, un de ses oncles est venu le voir et lui a donné 6 francs ; c’est là une grosse somme, et plus d’un aurait attendu son jour de sortie pour faire a la noce. » L’enfant n’eut ni fin ni cesse qu’il n’eut obtenu l’autorisation de courir chez sa mère afin de lui porter son petit trésor, sans prélever un centime pour lui. Toute gratification qu’il mérite par son travail est précieusement conservée et reçoit la même destination. En le regardant, je ne pouvais m’empêcher de me répéter le titre d’une pièce de Berquin : Un bon cœur fait pardonner bien des étourderies.

Tous les enfans ne séjournent pas à la maison de la rue Clavel ; plusieurs d’entre eux, une quinzaine environ, sont apprentis à l’extérieur chez des serruriers, des relieurs, des tapissiers ; mais ils y viennent coucher et y prendre leurs repas. On n’a pas à se plaindre de la liberté relative qu’on leur accorde, bien peu en abusent, car ceux qui jouissent de cette prérogative très enviée sont déjà grandelets ; la discipline très douce qui leur a été imposée, le travail régulier auquel ils ont été astreints, les a façonnés et, si l’on peut dire, civilisés en détruisant, ou tout au moins en atténuant la violence de leurs habitudes sauvages. Je ne dis pas que l’ancien vagabond résistera à une partie de bouchon proposée par des camarades de rencontre, mais quand il l’aura terminée, il courra si vite pour arriver à l’atelier ou rentrer à l’école, que l’on ne s’apercevra pas trop qu’il est en retard. De ces apprentis externes, on a rarement à se plaindre, et les résultats que l’on a obtenus avec eux suffiraient seuls à démontrer l’utilité de la Société protectrice des entons protestans insoumis.

Les autres élèves de l’école professionnelle, ceux qui sont assujettis au régime de l’internat et pour lesquels la porte de sortie ne s’ouvre pas, sont au nombre de vingt environ ; ils sont divisés en deux ateliers, dirigés chacun par un contremaître relevant d’un patron qui les surveille, distribue et vérifie le travail. Tous apprennent le même métier : la cordonnerie. Assis sur le tabouret de paille, devant l’établi chargé d’outils et de clous, en silence, tirant le fil poissé, battant le cuir et ferrant la semelle, ils sont à leurs pièces, c’est-à-dire qu’ils doivent, chaque jour, produire une somme de travail déterminée. Sont-ils d’habiles ouvriers, je n’en puis rien dire, étant mal expert en telle matière, mais je sais qu’il faut deux années d’apprentissage au moins pour mettre un soulier en forme. Selon leur degré d’habileté, les élèves de l’école industrielle sont divisés en apprentis du vieux, du neuf et du bourgeois : c’est là le langage de la corporation des saints Crépin et Crépinien ; il