Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/507

Cette page n’a pas encore été corrigée


Un point, cependant, plus important que tout autre, et qu’il avait peine à tirer au clair, c’étaient la nature et l’importance du concours que, dans ce péril dont la face était nouvelle, il pouvait attendre de la France. Tout ce qui avait été médité, discuté ou arrêté à cet égard ; tous les plans de campagne formés par Belle-Isle, apportés à Berlin ou remportés à Versailles par Courten, et sur lesquels d’ailleurs on n’était jamais bien tombé d’accord, devenaient sans application depuis que la Bavière, soumise, était soustraite au mouvement des armées, puisque tous ces projets avaient la défense de l’électorat pour objet principal et le Danube pour base d’opérations. Tout était donc à recommencer sur nouveaux frais, et ç’allait être là, on peut bien le penser, le sujet de nouveaux et vifs débats entre les deux gouvernemens, dans lesquels Frédéric, tel qu’on le connaît, ne devait se faire faute ni d’amers reproches ni de récriminations mordantes.

Dans une série de dépêches pressantes, il mit littéralement à la question le ministre français pour tirer de lui la promesse d’une aide immédiate et effective ; et, pour commencer, il lui faisait sans pitié son procès, le déclarant seul coupable et seul responsable de tous les maux et de tous les périls de la situation. La défection de la Bavière, suivant lui, n’était imputable qu’à la France, qui n’avait pas su la secourir à temps. De même l’attitude agressive de la Saxe n’était due qu’à l’orgueil qu’on lui avait inspiré, en perdant son temps à la courtiser ; et maintenant, après tant de fautes commises, qu’allait-on faire ? Oubliait-on donc que, si sa personne et son royaume couraient fortune aujourd’hui, c’était parce que l’année précédente il avait, par une diversion opportune en Bohême, forcé l’Autriche à lâcher l’Alsace déjà conquise, et sauvé ainsi de la ruine la France envahie et son roi à l’agonie ?

Le grief était spécieux et la réclamation fondée en apparence ; mais, comme il était aisé de prévoir l’attaque, il n’aurait tenu qu’à d’Argenson d’avoir en poche la meilleure des répliques à y opposer. Il lui aurait suffi de s’être procuré la preuve (qu’on lui avait, je l’ai dit, cent fois offerte à La Haye, à Londres et à Dresde) des négociations clandestines engagées par Frédéric avec l’Angleterre. Si ces pourparlers avaient abouti, en effet (et ce n’était pas, on l’a vu, la faute de Frédéric s’ils étaient restés en route), quel eût été le sort d’une armée française engagée en Bavière sur sa parole ? Aurait-elle pu s’y défendre, seule, contre toute l’Allemagne soulevée, en présence de la Prusse devenue tout à coup neutre, inactive et presque hostile ? Frédéric n’aurait-il pas lui-même engagé la Bavière à se faire comprendre dans une pacification générale des puissances allemandes, conclue à l’insu et à l’exclusion de la France ? C’eût été la répétition exacte des scènes dont la Bohême avait été le témoin deux années