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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/481

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secret communiqué aux journaux allemands, divulgué par eux, avec accompagnement d’artificieuses insinuations, ce traité a existé, et les contestations plus évasives, plus subtiles que précises des journaux de Pesth ou de Vienne, ne peuvent donner le change. Le traité a existé, on dit même le jour, l’heure où il aurait été signé à Reichstadt, dans des conditions assez bizarres ; seulement il est bien clair qu’en consentant à l’occupation éventuelle de la Bosnie par l’Autriche dans des circonstances déterminées, la Russie entendait se réserver des avantages équivalens, une certaine prépondérance dans les Balkans, le droit d’occupation de la Bulgarie, — et il est arrivé ceci qu’on ne prévoyait pas. Tandis que la Russie, même après une guerre heureuse, n’a pas toujours fait ce qu’elle voulait, et n’a pas réussi, en définitive, à maintenir sa position dans cette Bulgarie émancipée par elle, l’Autriche, habile à tirer parti du congrès de Berlin, est entrée, non plus seulement avec le consentement russe, mais avec une façon d’investiture européenne, dans la Bosnie et l’Herzégovine, où elle est encore. De sorte que tout a changé au cours des événemens, tous les calculs ont été trompés. L’Autriche, suivant sa marche sans bruit, a su profiter de tout pour garder les avantages qu’elle s’était assurés d’avance avec la Russie, qu’elle a fait consacrer par l’Europe. La Russie, pour sa part, battue en brèche par toutes les influences coalisées contre elle sur ce petit théâtre de Bulgarie où elle se croyait un droit privilégié, en est encore à reprendre la position qu’elle a perdue à Sofia. La Russie se dit que l’Autriche a la Bosnie, que l’Angleterre a Chypre, que tout le monde a gagné à la guerre d’Orient, excepté elle, qui l’a faite victorieusement, non sans de sanglans sacrifices. De là l’amertume de ses ressentimens et de ses récriminations contre une politique qu’elle accuse d’avoir contribué à lui préparer ces mécomptes dont elle croit avoir été la dupe.

Il resterait à savoir quel intérêt a pu avoir M. de Bismarck à raviver précisément aujourd’hui toutes ces questions, en jetant dans la discussion publique cette divulgation du traité de 1877, origine première de l’occupation de la Bosnie par l’Autriche. Évidemment, le chancelier d’Allemagne a fait assez bon marché des convenances de ses alliés de Vienne, qu’il n’a sûrement pas consultés ; il a mis pour le moins dans un certain embarras et le comte Andrassy, négociateur du traité secret, et l’Autriche elle-même, qui apparaît un peu, dans tout cela, comme une puissance toujours captieuse, procédant par la duplicité et la ruse. Si M. de Bismarck a bravé ces inconvéniens, il a eu sans doute ses raisons, il a voulu vraisemblablement essayer d’apaiser, de regagner à tout prix la Russie, en lui démontrant que l’Allemagne n’était pour rien dans ses déceptions orientales, que le cabinet de Berlin, loin de se prêter à des manifestations hostiles contre la politique russe, serait au besoin tout prêt encore à seconder les vues du cabinet de Saint-Pétersbourg en Orient. M. de Bismarck a cru habile de tenter cette diversion dans