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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/479

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matie ne s’est plus remuée pour avoir l’air de prendre ses mesures contre l’imprévu, pour nouer des combinaisons, des alliances, et jamais les combinaisons des diplomates n’ont paru plus vaines, plus décevantes ; jamais il n’y a eu moins de sûreté pour l’avenir ie plus prochain, plus de confusion et d’instabilité dans les relations générales du monde. La vie de l’Europe aujourd’hui ressemble à une scène mobile où les rapports changent d’un instant à l’autre, selon l’intérêt du jour, où tout s’essaie et passe à travers une série d’évolutions énigmatiques et de contradictions.

A n’observer que les faits les plus immédiats, les plus saisissables, où en est vraiment l’Europe ? Où en sont les relations des plus grands états, de ceux qui passent pour jouer le premier rôle dans le monde ? S’il est une chose évidente, c’est qu’il n’y a plus ce qu’on peut appeler un système européen, c’est que tout est subordonné à des calculs iucessamment modifiés, et que les principales puissances n’ont d’autre politique que de s’observer, de se rapprocher ou de se diviser, selon des circonstances dont on n’a pas le plus souvent le secret. Depuis quelques années, il y a eu certes entre la Russie et l’Angleterre bien des nuages, qui ont même i aru quelquefois devenir meuaçans. Les deux grandes rivales ont eu l’occasion de se rencontrer, de se heurter, et dans ces malheureuses affaires bulgares qui sont loin d’être finies et eu Asie, dans l’Afghanistan, où elles ont encore un procès de délimitation à régler, les relations u’uUl pas été toujours exemptes d’aigreur, et la menace d’une marche des Russes sur Hérat a plus d’une fois troublé les Anglais. Depuis quelques jours cependant, entre Londres et Saint-Pétersbourg, il y a un semblant d’apaisement ; on a l’air du moins d’en revenir de part et d’autre à des dispositions plus conciliantes, on paraît s’entendre pour éviter tout ce qui pourrait aggraver ou envenimer des complications dont les deux empires auraient à souifrir. C’est déjà un résultat ou, si l’on veut, le signe d’un certain adoucissement de rappoiis, des velléités conciliatrices des cabinets. S’il y a eu aussi dans ces derniers temps entre l’Angleterre et la France des dillicultés ou des dissentimens assez malheureusement aggravés par les polémiques acrimonieuses de la presse britannique contre notre pays, ces ditficultés semblent avoir été atténuées par une patiente diplomatie. Quelle que soit l’importance de toutes ces affaires de Madagascar, des Nouvelles-Hébrides, même de l’Egypte, qui sont eucure uu objet de négociation, il y a une question qui devrait dominer tout, celle des bons rapports entre deux nations dont l’entente a toujours été uue des plus eûicaces garanties de l’équilibre du monde. Qu’il y ait un certain rapprochement ou, si l’on veut, une apparence de rapprochement d’un côté, entre Londres et Saint-Pétersbourg, d’un autre côté, entre la France et l’Angleterre, il n’y a là d’ailleurs, bien euteudu.rien à exagérer : ce sont tout simplement des faits, des signes