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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/316

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celles de Prusse) servent de contre-partie et de commentaire à nos informations françaises, nous donnent, de l’attitude d’Auguste et de son conseil, une explication plus simple. Avant même que l’envoyé français fût arrivé à Dresde, comme on se doutait de ce qu’il apportait, et que d’ailleurs l’opinion publique se préoccupait déjà de l’ambition possible du roi de Pologne, un envoyé saxon était parti pour Vienne. Il y apportait les ratifications promises du traité de Varsovie, mais sous une condition nouvelle, à savoir qu’au cas où la fortune des armes rendrait à Marie-Thérèse la possession de la Silésie, cession devait être faite à la Saxe de trois duchés de cette province (ceux de Sagan, de Glogau et de Jauer), qui confinaient au territoire saxon, moyennant quoi on laissait entendre que toute prétention contraire à celle du grand-duc serait écartée, et que la voix saxonne lui serait assurée dans la diète électorale [1].

Si la proposition eût été acceptée avec autant d’empressement qu’elle était faite, il est possible que Valori eût emporté de Dresde, au lieu de promesses en l’air, un congé en bonne forme. Par bonheur, ou plutôt par malheur (car il eût été préférable d’être arrêté dès le premier pas dans une voie qui ne conduisait qu’à des déceptions), les offres de services conditionnelles de la Saxe vinrent échouer devant la résistance indignée de Marie-Thérèse. Ici encore, Frédéric jugeait bien en pensant que rien n’égalait l’exaltation causée à la hautaine princesse par la mort inopinée qui, en la délivrant d’un rival, semblait combler en sa faveur les bontés de la Providence. Pour le coup, la justice triomphait, et la moindre dérogation au droit n’était plus permise : le trône vacant lui appartenait, même avant l’élection, et sans avoir besoin de réclamer aucun concours. Elle se croyait déjà impératrice. A ses yeux, les jours de l’usurpateur étaient comptés, et l’antique patrimoine de sa famille lui paraissait rentré en sa possession ; ce serait un sacrilège d’en laisser une seconde fois sortir la moindre parcelle. Une altercation très vive eut lieu à ce sujet entre le ministre autrichien Uhlfeld et l’envoyé saxon, le comte de Loss. Le grand-duc lui-même vint déclarer que, la conscience de la reine étant engagée au maintien de la pragmatique sanction, tout ministre qui consentirait à un nouveau démembrement de l’héritage autrichien serait considéré comme un traître. « Que faire, écrivait à ce sujet, en plaisantant, le ministre anglais Robinson, de ces Autrichiens et de ces Saxons ? Ils ont tous deux des confesseurs ; mais

  1. D’Arneth, t. IV, p. 33. — Robinson à Harrington et à Villiers, ministre d’Angleterre à Dresde, 3-20 février 1745. (Correspondance de Vienne. — Record Office.) Voir aussi Dépêche d’Erizzo, ambassadeur de Venise, 26 février 1745.