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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/241

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ment fini. C’est maintenant, au contraire, à la troisième lecture, avec la discussion des articles, que les vraies difficultés vont commencer : elles peuvent être inextricables. Il y a, dit-on, près de six cents amendemens proposés : ne fussent-ils pas tous sérieux, ce qui est bien probable, il eu restera toujours assez pour provoquer de longues et ardentes discussions. La lutte sera soutenue non-seulement par les Irlandais, mais par M. Gladstone et ses amis ; les uns et les autres paraissent résolus à disputer le terrain pied à pied, à combattre jusqu’à la dernière extrémité la politique de répression en Irlande. Ceux-là forment le camp de l’opposition à outrance, et de plus, parmi les libéraux unionistes qui ont voté jusqu’ici avec le ministère, qui ont admis le bill dans son principe, il en est qui ne cachent pas leur désir d’en atténuer quelques dispositions, qui reculent devant certains excès de coercition. De sorte qu’après avoir eu l’avantage sur l’ensemble, dans les deux premières lectures, le ministère peut le perdre dans les détails, à la troisième lecture, à propos de quelque amendement calculé avec habileté.

Tout dépendra de ce que feront les amis de lord Hartington et de M. Chamberlain. La meilleure chance pour le ministère est qu’il n’y a jusqu’ici aucune apparence de rapprochement entre M. Gladstone et ceux de ses anciens alliés qui ont refusé de le suivre dans sa politique irlandaise. M. Chamberlain, dans une tournée récente en Ecosse, appelait sans doute de ses vœux le moment où le parti libéral pourrait se reconstituer dans son intégrité ; mais ce moment paraît encore assez loin, à en juger par la vivacité des dissidences entre les deux fractions libérales. Ces dissidences sont une garantie pour le ministère : elles peuvent le sauver dans les défilés de la discussion qui se rouvre en ce moment. La lutte ne menace pas moins d’être singulièrement compliquée, et, le bill fût-il voté d’ailleurs, le ministère se trouverait en face de difficultés plus inextricables encore peut-être, puisqu’il aurait à l’appliquer dans un pays où toutes les répressions se sont épuisées à vaincre une force de résistance jusqu’ici inépuisable. De toute façon, l’Angleterre n’est pas près d’en finir avec l’Irlande. Avant qu’un mois soit passé, le jeune roi d’Espagne Alphonse Xill comptera, sans le savoir, une année de règne. On ne peut pas dire que la jeune royauté n’ait point eu son épreuve dès sa première année, puisqu’il y a eu, au-delà des Pyrénées, une tentative d’insurrection militaire ; mais cette tentative, promptement et heureusement réprimée, est restée sans écho. Elle n’a eu d’autre résultat que de montrer le travail incessant des propagandes révolutionnaires dans l’armée espagnole et l’impuissance des agitateurs devant la rdison publique. La régence de la reine Marie-Christine n’en a pas été sérieusement ébranlée ; elle reste paisible et respectée au milieu des