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nombre d’individus, on parvient à récolter une grande masse de matière propre à la confection de menus objets de toilette. Il n’est guère possible d’espérer de plus gros profits de la soie des araignées.

L’organisation interne est faite pour être admirée bien plus encore que les parties externes. A peine cependant si nous croyons possible d’en indiquer ici les traits les plus essentiels. En vérité, il faudrait entrer dans de trop longs détails pour parler d’un appareil musculaire d’une puissance dont on trouve peu d’exemples dans le règne animal, assurant à merveille la précision et l’agilité des mouvemens ; d’un système nerveux dont l’énorme développement explique des facultés d’ordre supérieur ; d’un estomac d’une construction extraordinaire qui répond à un régime exclusivement composé de matières fluides. Il est écrit que les araignées respirent par des poumons. Elles ont une respiration aérienne, mais les organes qui servent à cette fonction présentent une structure fort différente de celle des poumons de l’homme. Qu’on se figure, dans des proportions bien exiguës, des poches membraneuses contenant des sachets aplatis, empilés comme les feuillets d’un livre ; dans l’épaisseur des parois s’infiltre le sang ; dans l’intérieur pénètre l’air et, ainsi observés sous l’eau, les petits sacs apparaissent comme autant de lames d’argent qui communiquent avec l’extérieur par des fentes situées à la base du ventre. Il y a chez les araignées un cœur et un appareil de la circulation du sang des plus complexes. Le cœur, placé à la face dorsale, est d’une idéale construction anatomique, et longtemps échouèrent les tentatives des investigateurs pour découvrir les vaisseaux qui portent le sang à la périphérie du corps. On sait que le sang est incolore ; il faut donc, pour voir les vaisseaux et les suivre dans leur trajet, les remplir d’une injection colorée. Il y a environ quarante ans, par un jour d’été, un jeune naturaliste, n’ayant à sa disposition que les araignées de notre pays, dont chacun connaît la taille, parvint à remplir les principales artères ; mais ce n’étaient que les principales ; un premier succès qui donnait l’espoir d’un succès complet si l’on pouvait opérer sur une des grandes espèces des contrées tropicales. Un moment s’offrit l’occasion. Une des plus grosses araignées connues, provenant de l’Amérique du Sud, avait été acquise au Muséum d’histoire naturelle. Le sujet était plein de vie ; c’était une bonne fortune. On avait entre les mains la possibilité d’acquérir la connaissance ; dans toute une classe d’êtres, d’un appareil organique de première importance ; la possibilité à condition de réussir une opération singulièrement délicate.

Le naturaliste avait contemplé l’araignée américaine pendant plusieurs jours, agité par l’espoir d’un succès, tourmenté par