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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 avril.

On parle souvent de progrès et on se sert de ce mot à tout propos, en l’appliquant aux plus vaines chimères, aux plus stériles fantaisies, aux aventureuses expériences des réformateurs qui ne réforment rien. Il y aurait un progrès bien simple, bien utile, plus que jamais enviable, ce serait, suivant l’expression de M. Guizot, de rentrer dans l’ordre, puisque depuis longtemps on en est sorti. Et qu’on n’attache pas à ce mot un sens vulgaire et maussade de réaction : les réactions ne servent à rien, elles ne sont qu’une autre forme du désordre. Rentrer dans l’ordre, en politique, c’est mettre le bon sens dans la conduite, une droiture active et vigilante dans l’administration, l’économie dans les finances, l’équité dans les lois : c’est pour les pouvoirs publics se respecter mutuellement, rester chacun dans ses attributions et dans son rôle, les parlemens dans leur droit de contrôle, les gouvernemens dans leur droit et dans leur responsabilité de direction ; c’est cesser ce jeu cruel qui consiste à parler de prospérité en multipliant les gaspillages et les emprunts, à prétendre servir l’industrie avec les agitations ou avec des complaisances pour toutes les agitations, à décorer du nom de libéralisme les guerres aux croyances. L’ordre, enfin, c’est le respect de tous les droits, de toutes les garanties et surtout de la vérité. Quand on se décidera à rentrer dans cet ordre, ce sera le progrès, le plus utile des progrès pour le moment. Jusque-là on ne réussira qu’à s’agiter, à aggraver les difficultés que la passion imprévoyante des partis a préparées, devant laquelle les gouvernemens affaiblis, toujours menacés, s’arrêtent impuissans.