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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/912

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l’atmosphère transparente met sous ses yeux ouverts des spectacles plus éblouissans que ceux que ses rêves peuvent forger pendant son sommeil ; la science la plus vulgaire l’avertit que ce sont des mirages, — mirages ou rêves, qu’importe, si les yeux y trouvent leur régal ! — Là, ce sont des lacs enveloppant des îles, des cours d’eau, qui, au lieu de couler au fond de leur fit comme les vulgaires cours d’eau des paysages réels, ont retourné l’image et présentent sur la une des berges renversées, bordées d’arbres d’une végétation assez luxuriante pour que les yeux affirment qu’ils joignent ciel et terre. La raison, égarée, ne songe même pas à protester contre ces enchantemens que l’œil découvre ; le spectateur se promet d’aller, le lendemain, reconnaître cet endroit éloigné où il est passé cependant, hier encore, il le croit du moins, en doute déjà. Mais, le lendemain, ses yeux sont ailleurs : ce n’est plus à l’ouest, c’est au sud qu’il découvre de nouvelles merveilles et toujours des eaux transparentes, des Corot réalisés, la perception d’un brouillard frais et humide sous le poids de la chaleur du jour, qui l’accable au lieu d’où il l’aperçoit.

Il a beau, après de longues courses souvent reprises, avoir vu fuir, toujours devant lui, ce paysage qui, cependant, ne se déplace pas et tout à coup retrouver sur le sol les réalités vulgaires de la nature qu’il connaît, il ne s’en attache pas moins à ce cadre, qui l’enveloppe, où, pour la distraction de ses yeux, une magie inconnue fait apparaître des tableaux toujours nouveaux et toujours enchanteurs.

Alors, il ne s’inquiète plus de ces arbres, que son zèle de nouveau-venu a plantés ou semés : ils ont grandi, cependant, l’hiver les a dépouillés une fois déjà, le printemps les dessine à nouveau sur l’horizon, gonfle leurs veines, multiplie leurs rameaux ; c’est bientôt de la gêne que lui cause ce rideau qu’il a pris tant de peine, le premier jour, à élever entre lui et la plaine. Maintenant, ses poumons ont besoin de tout l’air qui y circule, ses yeux veulent tout embrasser d’un regard et voir toujours sans que rien les arrête ; sa vue, par un exercice inconscient de chaque instant, a pris l’habitude d’un effort à longue portée. Tranquillement, cet arbre, qu’il avait apporté de loin, défendu des parasites, protégé contre le vent, garanti des fourmis, notre homme le coupe au pied, le couche sur le sol et fait de cet abri désiré un siège où il viendra s’asseoir pour voir loin. C’est là ce qui lui plaît maintenant : la plaine l’a enveloppé de son calme et de son charme, elle s’est peuplée pour lui, il comprend maintenant qu’on y peut vivre, et ne comprendra plus qu’on la quitte sans regrets.

Pampa, steppe, savane ou puszta, d’est tout un. Leur étendue peut différer : la steppe a près de 65,000 lieues carrées ; la pampa