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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/885

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quantité, même alors qu’il n’est pas d’une qualité irréprochable, il n’apporte aucun trouble appréciable dans la santé parce que les élémens toxiques qu’il renferme y sont contenus en très faible proportion. C’est pourtant une boisson nuisible et dangereuse, surtout par l’attrait qu’elle inspire, par la pente sur laquelle elle entraîne ceux qui ne s’en méfient pas. Le nombre de ses victimes s’élève chaque année d’une façon sensible, et l’alcoolisme est devenu un péril social.

En pareille matière, on n’arrive jamais à porter la conviction dans les esprits tant qu’on se borne à des assertions vagues et qui ne sont pas fondées sur des chiffres ; aussi vais-je essayer de serrer la question de plus près, en ce qui concerne la France, et d’établir pour notre pays le bilan de l’alcoolisme d’une façon aussi précise et aussi exacte que possible.


II

La consommation de l’alcool augmente chaque année, en France, dans des proportions inquiétantes. Elle a triplé, depuis trente ans, c’est-à-dire depuis que la fabrication des esprits d’industrie a pris tant d’importance à la suite de l’invasion du phylloxéra qui a détruit nos vignes. En 1850, on fabriquait, en France, 891,500 hectolitres d’alcool pur, dont 815,000 provenaient des vins, cidres, marcs, îles et fruits, tandis qu’on n’en retirait que 76,500 de la pomme de terre, de la mélasse et des betteraves. Aujourd’hui, la proportion est complètement renversée. En 1881, on a fabriqué 1,821,287 hectolitres d’alcool pur ; les vins, cidres, lies n’en ont fourni que 61,839, tout le reste est venu de la betterave, de la mélasse et de la pomme de terre [1]. 1,759,448 hectolitres de cet alcool toxique ont été mis en circulation. Si l’on fait abstraction de la partie qui est dénaturée pour servir à l’éclairage, si l’on fait la balance des exportations et des importations, on trouve que la quantité soumise aux droits, et, par conséquent, consommée en France, a été, en 1881, de 1,444,156 hectolitres, ce qui, pour une population de 37,672,048 qu’accuse le recensement de cette même année, donne 3 litres 80 centilitres par an et par tête. Ces chiffres

  1. Pommes de terre et substances diverses 510.562 hectolitres.
    Mélasses 685.646
    Betteraves 563.240
    Vins, cidres, marcs, lies et fruits 61.839

    Total 1.821.287 hectolitres.