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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/833

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abondent parfois dans ces couches. Les dinothériums et les mastodontes, les tapirs et les rhinocéros qui fréquentaient les pâturages de cette époque, dans le voisinage des eaux, y ont laissé de nombreux vestiges. Mais nulle part on n’observe une réunion plus complète, un assemblage d’ossemens amoncelés plus considérable que dans le gisement de Cucuron, sur le revers sud du Léberon, gisement récemment exploré avec le plus grand succès par un professeur au Muséum et membre de l’Institut, M. Albert Gaudry. Le résultat de ses fouilles a contribué à enrichir cette galerie de paléontologie récemment inaugurée par lui, qui donne le spectacle d’une évocation des anciens êtres sous la baguette magique de la science. M. Gaudry a consacré un très beau livre à la description des animaux du mont Léberon ; il avait auparavant visité et illustré un autre gisement contemporain du premier, celui de l’ikermi en Attique ; et un troisième, Eppelsheim, près de Worms, fournit un autre terme de comparaison Il est possible, par le rapprochement de ces trois termes, de présumer quelle était en Europe, à la fin du miocène, c’est-à-dire au moment du retrait de la mer molassique, la faune des grands animaux terrestres. En aucun temps, la richesse, la puissance, la variété de ceux-ci ne furent aussi remarquables ; jamais ils ne se montrèrent plus nombreux et plus forts, plus harmonieusement distribués et plus voisins de la perfection que dans cet âge, qui précède immédiatement celui où l’intelligence humaine, introduisant un élément supérieur à tout ce qui avait existé jusque-là, vint exercer en ce monde son autorité souveraine.

On a dit, il est vrai, que l’homme existait déjà à l’époque des animaux du mont Léberon et même auparavant ; mais on ne l’a jamais prouvé, et les indices invoqués pour l’admettre ont paru trop incertains, nous dirons même trop peu vraisemblables, pour entraîner la conviction. D’ailleurs, eût-il existé comme créature physique, que son action, encore nulle ou insignifiante pour des myriades d’années, n’aurait influé ni sur l’ensemble de la nature, ni sur les plantes ou les animaux en particulier.

Caché et retenu à l’écart, l’homme-enfant n’avait à sa disposition aucune des inventions dont il s’est servi plus tard pour étendre et asseoir son égoïste empire. Le jour viendra pourtant où à la force et à la ruse instinctives, il saura joindre les ressources de l’esprit et où finalement il réussira à tout s’assujettir ici-bas. Bien plus, il parviendra à pénétrer au-delà même de ce qui est tangible ou visible, par la faculté, graduellement développée, d’observer et d’abstraire, de comparer et de conclure. Mais tout cela est encore loin ; nous abordons à peine le pliocène : l’Europe n’est pas encore refroidie ; elle est couverte de végétaux opulens et variés, parsemée de lacs, ombragée de forêts et émaillée de pâturages. Elle est peuplée