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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/800

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houillères ? On ne le saura jamais. Ce qui est certain, c’est que, sur l’extrême lisière de la région des Maures, vers Fréjus et au-delà de l’Estérel, on a réussi à rencontrer des traces incontestables de lits carbonifères, que des couches plus récentes, permiennes ou triasiques dérobent en grande partie à nos explorations. Il a suffi pourtant d’un petit nombre d’échantillons recueillis, lors de la dernière réunion de la Société géologique, pour faire voir que les fougères, les sigillaires, les cordaïtées, là comme plus loin, dans les bassins d’Alais et de Saint-Étienne, peuplaient le bord des eaux et les plages inondées de la contrée qui devait être la Provence.

L’aspect seul des sédimens variés et puissans, qui vinrent ensuite recouvrir le sol envahi de la région, dénote que, dans l’âge qui succède au carbonifère, des phénomènes grandioses se manifestèrent. Essayons de les analyser en quelques mots : l’épaisseur même de ces dépôts atteste la profondeur du bassin qui ceignit alors la partie centrale, et soustraite à l’immersion, de l’île primitive ; elle nous enseigne encore que ce bassin maritime n’avait rien de local, et que du fond du Var il remontait sans obstacle jusqu’au centre du continent européen. Le permien rouge et le grès bigarré ou division inférieure du trias, se retrouvent en effet sans changement dans l’Hérault, l’Aveyron et la Lozère, de l’autre côté de la vallée du Rhône, plus loin dans les Vosges et jusqu’en Allemagne. Sur tous ces points, ces terrains se montrent avec une telle conformité de caractères pétrologiques qu’un savant français de Strasbourg, le professeur Schimper, à la vue du grès bigarré des environs d’Hyères, s’écriait naguère : « Si l’on m’avait mené ici les yeux bandés, sans me dire où j’étais, j’aurais reconnu les Vosges. » Qu’on ôte par la pensée le manteau des formations postérieures, et l’ancienne continuité reparaîtra, la mer « vosgienne » se manifestera libre, allant sans obstacle de la vallée du Rhône à celle du Rhin, et le permien rouge de l’Estérel, de l’Hérault et de l’Aveyron, se rejoindra au Rotheliegende des Allemands. — Etait-ce là pourtant une mer au sens propre du mot, et quels étaient les végétaux de cette ile provençale, perdue au sein de son immensité ? Il est plus aisé de répondre à la seconde de ces questions qu’à la première. Effectivement, la flore permienne nous est connue par celle des schistes ardoisiers de Lodève et, par analogie, on aurait pu déjà présumer que les plantes contemporaines de Provence ressemblaient à celles du gisement de l’Hérault. Divers indices sont venus confirmer cette donnée conjecturale : l’arbre forestier le plus répandu de l’époque permienne, celui qui devait peupler et ombrager toutes les pentes, a reçu le nom de walchia ; c’était un conifère, voisine par le port, la forme et l’agencement des feuilles, des araucarias actuels, surtout de l’espèce de l’île de Norfolk en