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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/785

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même temps devenir du consentement de la France la capitale du royaume d’Italie. Tous nos actes, toutes nos déclarations s’accordent, au contraire, pour constater notre ferme et constante volonté de maintenir le pape en possession de la partie de ses états que la présence de notre drapeau lui a conservée. »

La première pensée de M. Drouyn de Lhuys, en succédant à M. Thouvenel, fut de se référer à ses déclarations. Répondant à la revendication faite par le général Durando, le ministre des affaires étrangères, au sujet de Rome, il prévint toute illusion dans une dépêche du 28 octobre 1862 : « Je le constate avec regret, disait-il, le gouvernement italien s’est placé par ses déclarations sur un terrain où les intérêts permanens de la France, non moins que les exigences de sa politique actuelle, nous interdisent de le suivre. »

Il ne fut pas moins explicite lorsqu’il signa la convention du 15 septembre. « Elle reconnaît, disait-il, deux souverainetés en Italie et, en attendant qu’un accord plus intime ait pu s’établir, elle assure leur coexistence. Voilà toute la convention ; au-delà il n’y a que spéculations vaines. »

Il ajoutait, dans une dépêche adressée à M. de Malaret, qu’on a appelée la dépêche des sept points : « La translation de la capitale est un gage sérieux donné à la France. Ce n’est ni un expédient provisoire, ni une étape vers Rome. C’est un acte international librement discuté et adopté par les deux parties, solennellement ratifié par les deux souverains des deux pays. Nul ne peut dire aujourd’hui avec assurance quel sera, dans sa forme diplomatique, l’avenir de l’Italie. Mais ce qui est évident, c’est que l’Italie a tout intérêt à préparer un rapprochement outre elle et la papauté et à ne pas exciter les résistances du monde catholique. »

Il est permis d’affirmer, après la lecture impartiale de ces documens, que l’empereur n’a jamais voulu sacrifier le pape. Il espérait le ramener à une saine appréciation des choses, lui faire comprendre la nécessité d’accepter tout ce qui pouvait le rattacher à l’Italie. Il se flattait que l’Italie, de son côté, ne se refuserait pas d’assurer au pape les garanties nécessaires à l’indépendance du souverain-pontife et au libre exercice de son pouvoir. Il croyait atteindre ce double but par une combinaison qui, laissant le pape maître chez lui, abaisserait les barrières qui séparaient ses états du reste de l’Italie. Il s’imaginait qu’un accord interviendrait entre le Vatican et le cabinet de Florence qui arrêterait la délimitation du domaine de Saint-Pierre et consacrerait les privilèges des municipalités et des provinces, de manière qu’elles s’administrassent pour ainsi dire d’elles-mêmes.

Tel était le rêve de Napoléon III. S’il ne l’a pas réalisé, il faut