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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/723

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contre les socialistes et sur le monopole de l’alcool. Tout marche à la fois, et tout ne marche pas, on le sent bien, au gré du chancelier. Qu’en sera-t-il de tous ces projets ? Un des plus caractéristiques, assurément, est celui qui a pour objet ce qu’on peut appeler la paix religieuse, par l’abrogation des lois de mai. M. de Bismarck a depuis longtemps pris son parti. Ce n’est pas d’hier qu’il négocie avec le pape Léon XIII, à qui il rendait il y a quelques mois l’hommage de le choisir pour arbitre. M. de Bismarck, qui est un politique sérieux, en a assez de la guerre contre les catholiques, contre l’église ; il ne veut pourtant pas tout céder, il entend bien réserver certains droits de l’état, et c’est là précisément la question qui s’agite aujourd’hui à la chambre des seigneurs à propos d’un amendement de l’évêque de Fulda, M. Kopp, qui a été mêlé aux dernières négociations avec le saint-siège. Il peut y avoir encore quelques difficultés ; en réalité, M. de Bismarck est allé trop loin pour reculer, et à ceux qui lui reprochaient, il y a quelques jours, de se contredire, « d’aller à Canossa, » il répondait lestement qu’on lui faisait suivre un chemin beaucoup plus rude que celui de Canossa.

Il parlait ainsi récemment au Reichstag dans la discussion Sur le monopole de l’eau-de-vie, auquel il attache tant de prix, et le discours qu’il a prononcé est certes aussi curieux que significatif. M. de Bismarck n’est pas visiblement sans préoccupation pour l’avenir de l’empire ; il y a dans son langage un mélange d’irritation contre ses adversaires et de virile inquiétude. Parle-t-il sérieusement lorsqu’il laisse entrevoir des guerres, des invasions renouvelées de 1793 avec les idées socialistes et des armées marchant sous le drapeau rouge ? M. le ministre de la guerre de France pourrait, dans tous les cas, faire son profit de la hautaine ironie avec laquelle le chancelier de Berlin a fait allusion à son récent langage sur le rôle de l’armée dans les grèves et les agitations françaises.

CH. DE MAZADE.


LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.




La commission du budget a été nommée, elle a choisi pour président M. Rouvier, entendu les explications du gouvernement, et décidé d’autoriser l’émission d’un emprunt de 900 millions. Pourquoi ce chiffre de 900 millions substitué à celui de 1,466 millions proposé par le gou-