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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/706

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capitaines, afain que j’apprenne de leur conduite à me randre tel que vous me désirés. » C’est un bel avantage que la qualité, dira plus tard l’auteur des Caractères ; oui bien, mais surtout parce qu’elle met, parce qu’elle mettait alors un prince en passe d’avoir à seize ans l’instruction, la culture, l’expérience même et presque l’acquis d’un homme du commun à vingt-cinq ou trente ans. N’est-il pas permis d’ajouter aussi que la a qualité, » c’est la race, et que, quand un enfant royal naît avec du génie, il faut du moins qu’il tombe en bien mauvaises mains pour que son génie même ne tienne pas de son hérédité quelque chose de plus précoce ? Le mérite chez eux devance l’âge, dit encore La Bruyère ; et ils ne sortent pas pour cela de l’ordinaire, encore moins de la nature, mais au contraire ils y rentrent, puisque les unions dont ils viennent, en maintenant la pureté de la race, ont pour objet précisément de fixer le mérite.

Ainsi préparé au grand rôle que lui destinait l’avenir, le duc d’Anguien fut désigné, dans les premiers jours de 1638, pour exercer, en l’absence de son père, qui cette année-là commandait l’armée de Guyenne, le gouvernement de la Bourgogne. Son apprentissage militaire y devait être cette fois plus effectif qu’en 1636. S’il ne fut encore présent de sa personne à aucune action de guerre de quelque importance, ce qu’il put du moins étudier de près, chargé comme il était de pourvoir aux mouvemens, à « l’entretènement, » aux quartiers d’une armée considérable, ce fut le maniement des troupes, et c tous ces calculs de marches et de subsistances qu’un chef d’armée doit pouvoir résoudre sans efforts, » qui ne sont pas la moindre partie de l’art complexe de la guerre, qui sont parfois la guerre même et toute la guerre, en tant qu’elle consiste à s’assurer, pour un moment donné et sur un point donné, l’avantage et la supériorité de la situation et du nombre. Il ne dut pas tirer un moindre profit du contact et de la conversation de tant d’hommes de guerre, avec lesquels, dans cette capitale d’une province frontière, il se trouva, pendant dix-huit mois, en rapports constans : on cite effectivement parmi eux plusieurs de ses futurs conseillers ou lieutenans. Mais le plus utile exercice qu’il y fit, ce fut peut-être encore celui de la responsabilité. Tenu jusqu’alors en bride, et d’assez court, par un père dont la sollicitude éclairée, mais tyrannique, s’étendait jusqu’aux moindres détails, réglait jusqu’à son linge et jusqu’à sa vaisselle, le duc d’Anguien apprit dans son gouvernement de Bourgogne sinon encore l’art de commander, au moins celui de se décider et de courir les chances de ses résolutions. La préparation allait être complète, quand à tant d’expériences déjà si diverses il aurait joint la seule qui lui manquât encore : celle des champs de bataille.

C’est en 1640, comme « volontaire, » sous les ordres de La Meilleraie, dont les maréchaux de camp, cette année-là, s’appelaient La