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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/660

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sur cette affaire. Lassalle ? Qui pouvait bien être ce monsieur ? Un Français, à en juger par son nom ; mais d’où venait que l’on s’occupait ainsi de lui en Allemagne ? Les habitans des bords du lac Léman étaient pris par surprise, et l’on peut dire qu’au moment où Lassalle expirait, presque tout le monde, parmi ceux qui assistaient à ce drame, sans excepter même les journalistes qui pourtant sont censés tout savoir, ignorait l’histoire de cet étranger.

Le nom de M. Henri George était-il plus connu de nos lecteurs que celui de Ferdinand Lassalle ne l’était des témoins de son duel et de son agonie ? C’est possible, mais pour la plupart d’entre eux cependant nous n’oserions le jurer.

De telles ignorances s’expliquent, et nous en avons montré la raison au début de cette étude. Un réformateur social est, par excellence, le produit d’un certain milieu et d’une époque particulière. Très populaire, très discuté dans le petit coin de terre qu’il a spécialement en vue et auquel il s’adresse, il pourra demeurer longtemps un inconnu pour le reste du monde, à moins toutefois qu’il ne se trouve mêlé à des événemens considérables qui tiennent quelque place dans les colonnes des journaux.

Nous estimons pourtant que c’est une chose bonne d’être renseigné sur les manifestations économiques qui se produisent au-delà de la frontière. Et voici pourquoi. C’est que, malgré les diversités de race, de latitude, de nationalité, de situation, de langue, les hommes se ressemblent. Les expériences que ceux-ci font aujourd’hui, ceux-là ont toute chance de les répéter un jour ou l’autre. N’ont-ils pas partout les mêmes besoins, les mêmes désirs, les mêmes intérêts, et ne tendent-ils pas par mille chemins à un même but : l’accroissement de leur bonheur ? Comment dès lors ne se rencontreraient-ils pas quelquefois dans le choix des moyens qu’ils emploient pour augmenter leur somme de bien-être ?

Cela étant, il ne peut nous être que profitable d’étudier ce qui se passe autour de nous. A suivre l’évolution des idées, les mouvemens de l’opinion chez nos voisins, à entendre leurs novateurs, à voir la manière dont ils sont accueillis, à nous mêler à la lutte qui se livre autour de leurs doctrines, nous faisons notre éducation économique. Nous nous préparons à affronter les problèmes de l’avenir. Nous réfléchissons d’avance aux questions qui pourront, un peu plus tôt ou un peu plus tard, se poser dans notre pays. Et quand une idée fait son apparition, ce n’est plus alors à l’improviste ; nous l’avons vue venir, nous l’avons déjà passée au crible de l’examen, réduite à sa juste valeur. Si l’on recommande les voyages comme propres à former l’esprit et à en étendre horizon, à plus forte raison doit-on conseiller des explorations dans le champ