Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/231

Cette page n’a pas encore été corrigée



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




28 février.

Les présomptueux du règne républicain d’aujourd’hui, les aveugles ou les satisfaits, et ceux qui ne demandent pas mieux que de prendre le plus tôt possible leur place parmi les satisfaits, disent volontiers quelquefois : « De quoi vous plaignez— vous ? que vous faut-il de plus ? Est-ce que l’ordre ne règne pas dans la France entière, à Paris, la ville des insurrections, comme dans le dernier des hameaux ? Jamais il n’y eut moins d’agitation, moins de menaces ou de signes de sédition. Tout est merveilleusement tranquille. Il y a bien, il est vrai, des réunions où quelques exagérés parlent toujours d’exterminer le capital et les capitalistes, les exploiteurs et les patrons, appelant les assassinats des exécutions et les crimes odieux des actes de justice populaire ; mais ce n’est rien, ce ne sont que des discours de républicains un peu échauffés, on n’y prend garde. Le pays ne vit pas moins en pleine paix sans s’émouvoir de quelques excitations ou de quelques manifestations bruyantes. » — Oui, sans doute, l’ordre matériel règne dans le pays. La France, la vraie France, a le goût de la paix parce qu’elle a le goût du travail, parce qu’elle est de mœurs simples, d’habitudes industrieuses, et ce n’est pas la première fois qu’on peut remarquer que la grande masse nationale vaut mieux que tous ceux qui cherchent à l’agiter, qui prétendent parler pour elle, qui se flattent de la représenter et de la gouverner avec leurs passions. La France se défend dans sa vie de tous les jours par la force de ses instincts et de ses traditions. Elle vit d’une vieille impulsion, elle résiste encore aux influences malfaisantes, elle a été jusqu’ici un modèle de calme et de