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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/956

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militant qu’il a pris depuis quelques semaines, a prouvé que l’âge n’avait pas refroidi son ardeur, qu’il ne songeait pas à « faire sa retraite ; » il a prouvé qu’il était toujours prêt à reprendre la direction des affaires, à s’engager de plus en plus, à engager de plus en plus l’Angleterre avec lui dans la politique radicale, dût-il être abandonné par quelques-uns de ses plus anciens amis du vieux libéralisme, qu’il ne reculerait pas devant les problèmes les plus redoutables, surtout devant le problème irlandais. La situation était en effet singulièrement épineuse pour lui, et la première difficulté a été justement de refaire un ministère pour une politique nouvelle. Les embarras ne lui sont pas venus de la reine, qui lui a, au contraire, laissé tout pouvoir, ils sont venus de la situation même. M. Gladstone ne pouvait plus compter sur ses anciens amis : lord Hartington, lord Derby, M. Goschen, M. Forster, qui demeurent des libéraux de la vieille tradition et refusent de le suivre dans une entreprise qu’ils considèrent un peu comme une aventure. A défaut de l’appui qu’il a perdu, le vieux chef n’a point hésité à faire un pas de plus vers les radicaux, à chercher parmi eux des alliés. Il a fini par mêler ainsi, dans sa combinaison qui n’a pas laissé d’être laborieuse, un certain nombre de ses anciens collègues ou amis qui lui sont restés fidèles, et un certain nombre de ses nouveaux alliés qui deviennent ministres ou sous-secrétaires d’état : lord Spencer, lord Kimberley, lord Northbrook, sont dans le nouveau ministère à des titres divers. Lord Granville y retrouve aussi sa place dans un poste peu important ; il n’a plus la direction de la diplomatie anglaise. D’un autre côté, M. Chamberlain, qui avait le bureau du commerce dans le dernier cabinet libéral, devient aujourd’hui président de ce qu’on appelle le gouvernement local. Il faut en convenir, dans le cabinet qui vient de se former, il y a un peu de tout, même des choses qui n’ont pas d’abord paru bien sérieuses, comme l’avènement à la chancellerie de l’échiquier de sir William Harcourt, qui ne passait pas jusqu’ici pour un financier ; mais le grand nom de M. Gladstone couvre tout, et à côté du grand nom il y en a deux ou trois autres de nouveau-venus qui ont un relief particulier, qui sont peut-être l’originalité du ministère.

Le nouveau chef du foreign-office, lord Rosebery, est un homme jeune encore qui a de l’habileté, de l’éclat, une fortune considérable par une alliance avec la famille Rothschild, et qui a pris rapidement une grande position dans le parti libéral, dans le monde anglais ; il a de plus un titre qui a peut-être son importance aujourd’hui ; il est en liaison fort intime avec le comte Herbert de Bismarck, le fils du chancelier de Berlin, et par le fils il a l’amitié du chancelier lui-même : sa présence au foreign-office ne peut évidemment être qu’un gage de bonnes relations entre l’Angleterre et l’Allemagne. Le nouveau secrétaire pour l’Irlande,