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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/952

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ouvrir une vaste enquête destinée à rechercher toutes les responsabilités engagées dans les affaires du Tonkin et à préparer, au besoin, la mise en accusation des derniers ministères, il a réussi à arrêter au passage cette étrange proposition en montrant ce qu’elle avait de dangereux pour la paix intérieure, pour nos affaires dans l’extrême Orient, pour la considération du pays dans le monde : il a eu la chance d’être écouté. Lorsque tout récemment est revenue devant la chambre cette question de l’amnistie, qui, à la vérité, ne répondait à rien, qui n’était qu’une fantaisie, un gage offert à quelques passions révolutionnaires, M. le président du conseil l’a combattue ; il a donné quelques médiocres raisons. Il a donné aussi la vraie en disant qu’une amnistie est toujours une mesure exceptionnelle, que l’exercice trop fréquent d’une pareille prérogative « énerve en quelque sorte l’action de la loi et obscurcit le sentiment de la justice. » M. de Freycinet a vaincu M. Henri Rochefort, qui du coup a donné sa démission ! — Une circonstance nouvelle s’est produite presque à l’improviste. Il s’est rencontré quelques esprits saugrenus qui, au courant d’une discussion, pour répondre à quelque parole imprudente, n’ont trouvé rien de mieux que de proposer l’expulsion des princes. Pourquoi et à quel propos cette violence, plus dangereuse peut-être pour ceux qui l’exerceraient que pour ceux qui en seraient les victimes, qui en souffriraient surtout dans leurs sentimens pour la France ? Il y a une raison bien simple ; quand les républicains sont dans l’embarras, on est sûr d’avance de ce qu’ils feront : ils se jetteront sur les prêtres ou sur les princes ! Les prêtres, c’est l’affaire de tous les jours — et de M. le ministre des cultes ; les princes, c’est la question réservée ! Ici encore, M. le président du conseil a paru vouloir résister à un emportement de parti en prétendant que le gouvernement est assez armé coutre tout ce qui menacerait la république. Il refusera jusqu’au bout, il faut le croire, ce droit ou cette obligation de proscription dont on veut l’armer. Lorsque enfin, il y a peu de jours, est venue devant la chambre cette triste affaire de l’assassinat d’un malheureux ingénieur à Decazeville, lorsque d’obscurs sectaires n’ont pas craint de faire l’apologie du meurtre, M. le président du conseil a fait entendre un langage énergique.

Rien de mieux ; mais, il faut l’avouer, si M. le président du conseil, sur ces quelques points, a parlé en homme politique, ce n’est pas sans faire bien des concessions, sans livrer en même temps bien des intérêts, sans flatter de toute façon l’extrême gauche et les passions radicales. C’est la manière de gouverner de M. de Freycinet, et lorsqu’il parlait récemment de s’employer, avec ses alliés, à « consolider le sol » sur lequel nous marchons, on peut se demander ce que signifie ce langage. Les républicains ont toujours en l’art d’ébranler, non de consolider le sol, et c’est parce qu’il en est ainsi qu’ils n’ont jamais pu faire un gouvernement, qu’ils sont si peu propres à résoudre ce problème