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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/946

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introduit, il y a quelques mois, sur cette illustre scène : on n’a pas trouvé mauvais que ce fût un vaudeville, mais seulement que la donnée en fût trop peu neuve et le mécanisme trop régulier. Un à-propos de M. d’Hervilly, Molière en prison, d’un tour un peu bien romantique, a été moins applaudi pour la partie sérieuse que pour la partie burlesque. Enfin quelle pièce, depuis trois semaines, attire le public ? Un Parisien de M. Gondinet. Justement, le principal personnage lance une boutade que plus d’un spectateur, dans l’état d’humeur que nous signalons, prendrait volontiers pour sa devise ; comme on lui propose un tableau qui naguère eût séduit la sensibilité de M. Poirier : « Je n’achète jamais de choses tristes, répond-il ; celles qu’on a pour rien me suffisent. » En revanche, de quel prix ne paie-t-on pas une chose gaie ? Or, c’est une chose gaie, à coup sûr, que cette comédie : un Parisien.

L’action en vaut une autre, mais ne vaut guère mieux, à moins que cette autre ne soit niaise ou biscornue. Un célibataire, encore jeune, brave garçon et qui se croit égoïste, a recueilli une fillette orpheline et l’a vue grandir chez lui sans y penser ; chassé de son domicile parisien par un accident, il tombe, en province, dans les filets d’une famille qui a une « demoiselle » à marier ; il s’en dépêtre, il s’aperçoit qu’il aime sa pupille et qu’il est aimé d’elle, il l’épouse : voilà toute la matière de ces trois actes. Les critiques peuvent regretter que la pièce, commencée en comédie presque originale, prenne ensuite l’air d’un vaudeville connu et ne soit pas exempte de sensiblerie vers la fin. Ils peuvent disputer sur le caractère de ce Parisien, un peu arriéré, en effet, ou à tout le moins exceptionnel, car il chérit le boulevard des Italiens comme quelques monomanes seulement le chérissent, ou plutôt comme leurs devanciers chérissaient le boulevard de Gand. Ils peuvent blâmer surtout ce Parisien d’être Parisien avec une conscience perpétuelle de sa qualité, voire même avec ostentation, à la manière d’un provincial récemment acclimaté. Mais quoi ! Tout le dialogue et, s’il y en a, les discours sont-ils d’une bonhomie légère et malicieuse ? La pièce, pour décente qu’elle soit, est-elle avenante et gaie ? Oui, certes, elle pétille comme un brave et pur petit vin, d’origine et de fabrique françaises, peu chargé d’alcool et facilement mousseux, qui désaltère l’homme et l’émoustille, et ne lui laisse ni la bouche amère ni la tête lourde. Vive donc un Parisien.

Un personnage accessoire, M. Savourette, ancien fabricant de bronzes d’art, a bien son prix. Après avoir mis dans le commerce « plus de deux mille cinq cents bustes politiques, » il veut se faire honneur avec sa fortune : il a donc épousé une belle personne, une veuve, qui naguère, par l’entremise intéressée de Brichanteau, notre galant Parisien, fit décorer son mari. Savourette est propriétaire de la maison qu’habite Brichanteau ; Mme Savourette, qui veut l’habiter aussi, ne se