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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/875

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1655 avec le miroir de Portugal, au duc d’Épernon [1], qui lui avait prêté 460.000 livres [2].

Le 30 mai 1657, Mazarin désintéressait le duc d’Épernon et prenait possession, avec le consentement de la reine d’Angleterre, du Sancy et du Miroir de Portugal, par acte passé, en présence de Hervart et de Colbert, devant Debeaufort et Lefoin, notaires à Paris. Mazarin gardait ces pierres avec beaucoup d’autres bijoux. Lorsqu’il mourut, en 1661, il fit un long testament, dressé par Debeauvais et Lefoin, notaires à Paris, par lequel il laissait au roi Louis XIV dix-huit diamans de premier ordre, que l’inventaire de la couronne désigne tout au long. Le Sancy y est appelé le premier Mazarin, le second est un diamant en table, et le Miroir vient troisième ; les quinze autres suivent. Depuis, le Miroir de Portugal et le Sancy furent portés par les rois et les reines, et volés en 1792. A la suite de diverses pérégrinations, le Sancy se trouva entre les mains de Charles IV d’Espagne ; Joseph Bonaparte le trouva dans les coffres de la couronne lorsqu’il en prit possession, et Napoléon lui indiquait, en 1809, comme moyen de se procurer de l’argent, la vente du Sancy. Probablement, ce conseil fut suivi, car, en 1829, ce diamant entrait dans la famille Demidof. Le Miroir de Portugal, qui appartint aux couronnes de trois pays, est peut-être encore dans le trésor, mais, comme pour la grande table de Calais, personne n’a cherché à en retrouver l’identité, puisqu’aucun des experts ni des commissaires n’en connaissait l’existence.

Revenons à l’avènement de Louis XIII ; lors du mariage d’Anne d’Autriche, le trésor de la couronne s’augmenta d’un grand nombre de pierres que la jeune reine apporta d’Espagne. Louis XIII acheta également beaucoup de diamans ; le cardinal Richelieu lui en laissa un, de toute beauté, lors de sa mort, en 1642 ; il pesait 19 carats.

Lorsque Louis XIV prit le pouvoir, à sa majorité, le trésor était plus considérable qu’il ne l’avait jamais été. Le roi se servit, durant tout son règne, de ces pierreries : il fit monter presque tous les Mazarins, dans une grande chaîne ou dans des boutons qu’il portait souvent. Ces parures durent rester dans le même état jusqu’en

  1. Nous devons à M. Auguste Vitu l’indication de l’existence d’un volumineux dossier sur cette vente et à M. Ph. Vassal la communication de ce dossier.
  2. Le Miroir de Portugal était un diamant dont le rôle historique a été plus important que celui du Sancy. Après avoir fait partie, comme son nom l’indique, du trésor de Portugal, il avait été emporté en Angleterre par Antoine de Crato, et Elisabeth avait consenti à l’aider dans ses revendications, moyennant le don qu’il lui fit de cette pierre et des autres joyaux de la couronne de Portugal ; c’est ainsi que le Miroir était entré dans le trésor d’Angleterre et qu’il se trouvait, comme le Sancy, entre les mains d’Henriette de France.