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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/840

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Il n’est pas jusqu’au développement de l’industrie qui n’ait attiré, bien plus tôt et plus énergiquement qu’en France, vers les villes un grand nombre des habitans des campagnes. Les lois sur les substitutions ont protégé la grande propriété contre les fautes des grands propriétaires. Les complications et la cherté de la procédure ne font pas moins pour enchaîner la terre dans les mêmes mains. Ainsi, dans la Grande-Bretagne, la conquête, la vente des biens des couvens, le climat qui est rebelle aux produits variés de la petite culture, les manufactures, le commerce, l’attrait des villes, les lois positives et l’esprit même des lois, la coutume, tout devait tendre au monopole de la terre, à l’éviction, sinon complète, du moins générale, de la petite propriété et la mise à la portion congrue de la moyenne.

Ce n’est pas que tout le sol britannique appartienne, ainsi que le croit le vulgaire, à quelques centaines ou à quelques milliers d’individus et que le transfert des propriétés rurales soit chose rare chez nos voisins. Le Times faisait remarquer, en l’année 1883, que les annonces publiées dans ses colonnes en un même jour mettaient en vente 20,000 hectares de terres valant au moins 50 millions de francs, que ces immeubles offerts étaient situés aux quatre points cardinaux et comportaient la satisfaction des goûts les plus divers, le jardinage, la petite culture, la grande, la pêche, la chasse.. Mais, ainsi que le remarque M. de Foville, entre le marché anglais et le marché français pour les immeubles ruraux, il y a la même différence qu’entre un petit commerce de demi-gros et un grand commerce de détail. Si l’on ne consultait que les statistiques, sans les examiner et les interpréter avec attention, on arriverait cependant à cette conclusion que le nombre des propriétaires en Angleterre, sans atteindre celui de France, est considérable. A huit siècles de distance, le gouvernement britannique a remis à jour le célèbre Domesday Book, ou livre des propriétaires, de 1085. Sur la demande du comte de Derby, le Local Government Board a publié en 1875 le recensement méthodique de tous les possesseurs de la terre, owners of land, pour plus de quatre-vingt-dix-neuf ans. On a trouvé, au grand étonnement de certains écrivains, qu’il se rencontrait, dans le royaume-uni, 1,173,821 propriétaires ou détenteurs par emphytéose du sol pour une durée d’au moins un siècle. Sur ces 1,173,821 seigneurs terriens, l’Angleterre et le pays de Galles figurent pour 972,836. On était loin de la vieille légende qui fait du sol britannique l’apanage de quelques familles. Néanmoins, un dépouillement plus attentif des chiffres montre qu’ils n’ont pas toute l’importance qu’on serait tenté de leur attribuer. Sur les 972,836 propriétaires de l’Angleterre proprement dite et du pays de Galles, il s’en rencontre 703,289 qui