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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/791

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son plan, se transporte le soir même à bord du Cuirassier, dicte ses ordres et fait savoir à ses capitaines qu’il s’agit d’opérer, avant que l’ennemi se soit mis sur ses gardes, un débarquement à Vera-Cruz « pour désarmer les forts et pour enlever le général Santa-Anna. » On évitera ainsi la nécessité de bombarder la ville.

Le 5 décembre, à six heures du matin, par une brume épaisse, les embarcations de l’escadre jettent sur la plage 1,500 hommes qui se partagent en trois colonnes. Les deux colonnes des ailes, commandées par les capitaines de vaisseau Parseval et Lainé, escaladent les remparts, renversent les canons, brisent les affûts et continuent leur marche sur la muraille pour se rejoindre. La colonne du centre, conduite par un général de vingt ans, le prince de Joinville en personne, enfonce la porte du môle, pénètre dans la ville et envahit la maison où elle espère surprendre Santa-Anna : elle n’y trouve que le général Arista, le fait prisonnier et se replie vers ses embarcations, ainsi qu’elle en avait l’ordre. Malheureusement, cette colonne en se retirant va donner sur une grande caserne où les soldats mexicains, chassés des murailles, s’étaient réfugiés. Au Mexique, les casernes et les couvens sont des forteresses : la caserne qui arrêtait nos marins aurait pu soutenir un siège. Le prince, excité par la résistance qu’on lui oppose, voyant tomber à ses côtés plusieurs de ses compagnons, dressait déjà une barricade, parlait d’envoyer chercher des caronades à bord de la Créole. L’amiral accourut. Son but était atteint ; les remparts de Vera-Cruz n’avaient plus de canons : il prescrivit la retraite. Ce fut un des plus beaux momens de sa vie militaire ; grâce à son admirable sang-froid, la retraite et le rembarquement s’opérèrent avec le plus grand calme.

Les cinq chaloupes de la colonne du centre, chacune portant une caronade de 18 à l’avant, demeuraient sur leurs grappins, la proue tournée vers la plage ; une pièce de 6 mexicaine, placée à l’extrémité du môle devait, en cas de retour offensif, vomir à bout portant sa mitraille sur les agresseurs : il ne restait plus que quelques marins à terre. « J’étais sur le point de me rembarquer le dernier, écrit l’amiral, lorsqu’une colonne, conduite par le général Santa-Anna, déboucha au pas de course sur le môle. Je commandai de mettre le feu à la pièce mexicaine et j’entrai dans mon canot. La décharge porta le ravage dans la colonne ennemie. Une partie des hommes qui la composaient se jeta sur la plage et borda le pied des remparts, dont toutes les meurtrières se garnirent à l’instant de tirailleurs. Les autres s’avancèrent avec audace sur le môle et ouvrirent un feu de mousqueterie très vif, principalement dirigé sur mon canot. Mon patron Guegano tomba, frappé de six balles ; l’élève de service, M. Halna du Fretay, en reçut deux ; un autre élève,