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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/721

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puissances européennes était de s’entendre sur ce qu’elles avaient à faire. Elles ont depuis quelques mois si souvent et si inutilement donné des conseils, des avertissemens, même des admonestations sévères, sans parler des délibérations stériles de la conférence de Constantinople, qu’elles ne pouvaient plus décemment recommencer ce jeu sans s’exposer au ridicule d’une manifestation nouvelle d’impuissance. Elles ont voulu cette fois agir sérieusement, faire sentir le poids de leur autorité à Belgrade, à Sofia, comme à Athènes, et elles ont adressé aux trois états une demande collective précise et formelle de désarmement qui, dans leur pensée, était le préliminaire naturel d’une paix définitive. Là était précisément le point délicat et épineux pour des états que la guerre avait laissés dans des dispositions assez différentes.

Pour la Bulgarie, l’embarras n’était pas bien grand. Le prince Alexandre, qui s’est montré dans toutes ces complications aussi fin politique qu’habile et heureux soldat, a été assez avisé pour ne pas se donner l’air de résister aux désirs de la diplomatie, et il a pris le meilleur moyen en allant chercher le prix de ses victoires à Constantinople, en négociant directement avec la Turquie un arrangement que l’Europe sera sans doute conduite à ratifier. De tous les belligérans, le prince Alexandre est celui qui reste dans la situation la plus aisée, ayant arrangé ses affaires avec la Turquie, certain de l’appui de l’Allemagne, de la protection de l’Angleterre, et pouvant attendre le retour des bonnes grâces de la Russie. La Serbie, au premier moment, s’est montrée plus récalcitrante, peut-être parce qu’elle est sortie plus meurtrie de la guerre. A la proposition de désarmement qui lui a été adressée elle a répondu d’abord par un refus. On peut croire cependant que ce refus n’a rien de définitif et que la Serbie, sous l’influence de l’Autriche, serait disposée à la paix ; mais la difficulté reste toujours à Athènes, où le gouvernement hellénique s’est montré résolu à n’écouter aucun conseil ; il n’a pas seulement décliné la proposition de désarmement, il a redoublé d’ardeur dans ses préparatifs de guerre, et il a paru même impatient de se jeter tête baissée dans la lutte, Le cabinet d’Athènes a cru peut-être qu’il en serait de cette démarche nouvelle de l’Europe comme de toutes les autres. Malheureusement, il s’est trompé et il s’est exposé à être serré de plus près par la diplomatie, à recevoir même de l’Angleterre une sommation impérieuse, une menace d’action coercitive s’il attaquait la Turquie. De sorte que la situation est celle-ci : la Bulgarie est toute prête à la paix, la Serbie se laissera facilement convaincre, les Grecs seuls sont engagés et par tout ce qu’ils ont fait et par le froissement d’amour-propre que vient de leur infliger la sommation anglaise. La Grèce, à vrai dire, s’est laissé entraîner par son patriotisme, par l’appât de l’occasion, et elle a mal calculé ses mouvemens. Sans doute, on s’intéresse