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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/713

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 janvier.


Les crises ont leur destin. Il en est qui, tout en étant laborieuses et même périlleuses, ont du moins l’avantage d’être une épreuve salutaire, d’éclaircir les confusions, de dénouer les situations difficiles ; il en est aussi, et ce sont les plus redoutables, qui ne changent rien, qui ne dénouent rien, qui se prolongent indéfiniment sous des formes successives, parce qu’elles tiennent à tout un ensemble de causes qu’on ne veut pas se décider à reconnaître.

Il ne faut vraiment pas être doué d’une prodigieuse sagacité pour voir que ce qui s’est passé en France, il y a quelques jours à peine, n’est qu’une de ces crises continues, obstinées, dans une situation dont les élections dernières ont dévoilé tout à coup les faiblesses et les contradictions. Sans doute M. le président de la république, en entrant dans son second septennat, a fait lire aux chambres, dès leur réunion, un message des plus honnêtes, des plus modérés, où il nous donne même, avec de bons conseils, quelques leçons de philosophie de l’histoire. Le ministère né avec la nouvelle présidence a tenu, à son tour, à prendre position, à attester son existence par une déclaration qui est le programme du jour. Malheureusement, ce n’est pas tout de mettre de bons conseils dans un message présidentiel, de vanter les mérites de la stabilité : il faudrait savoir ce qu’on veut dire, comment on entend cette stabilité dont on parle toujours, comment on se propose d’en faire une réalité. Ce n’est pas tout non plus qu’un ministère nouveau ait réussi à se former, qu’il ait fait sa déclaration ou son programme devant le parlement : il faut que ce ministère ait les moyens de vivre ; il faudrait savoir d’où il vient, où il va, quelles