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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/710

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du grave Colbert de Croissy qui nous ont conservé la date avec les circonstances de cette mémorable défaite. C’est à quoi nous devons nos Flandres, notre Franche-Comté, dit ici M. Forneron et, du ton qu’il le dit, il a véritablement l’air de le croire.

On fait trop de cas aujourd’hui de ces correspondances, diplomatiques, on en verse trop libéralement le contenu dans l’histoire, on croit trop vite et trop aisément, sur la parole d’un ministre ou d’un ambassadeur, à l’importance de toutes ces intrigues, du rôle qu’ils y jouent eux-mêmes, qu’ils s’imaginent y avoir joué. Comtesse de Farneham, baronne de Petersfield, duchesse de Pendennis et de Portsmouth, dame de la chambre de la reine, Louise de Kéroualle prit assurément un grand empire sur Charles II ; et, puisque Louis XIV crut devoir lui faire don d’une terre ducale, celle d’Aubigny-sur-Nièvre, il estima sans doute que la nouvelle maîtresse avait rendu quelques services à la France. Mais le fait est qu’elle n’eut pas le pouvoir, comme l’on sait, de prolonger l’alliance anglaise aussi longtemps qu’il eût fallu pour les intérêts de notre politique, d’où l’on peut inférer à bon droit, que n’en ayant pas empêché la rupture, elle n’avait pas dû beaucoup contribuer à en former la conclusion. Madame avait tout fait en 1670, et sa fille d’honneur ne devait rien ajouter à son œuvre.

Il convient d’ajouter que s’il existait entre l’Angleterre et la France, depuis l’abaissement tout récent encore de la maison d’Autriche, une rivalité d’intérêts naturelle, il en existait une aussi, d’autre part, entre la Hollande et l’Angleterre. Si c’était à la France que l’Angleterre se heurtait sur le continent, la Hollande lui disputait le commerce du monde et l’empire des mers. En 1665, dit Macaulay, pour faire la guerre à la Hollande, « la chambre des communes avait voté des sommes sans précédent dans l’histoire d’Angleterre, des sommes supérieures à celles qui avaient suffi à l’entretien des flottes et des armées de Cromwell quand son pouvoir était la terreur de l’Europe ; » et, la guerre ayant mal tourné pour l’Angleterre, on ne laissait pas de nourrir contre la Hollande un désir secret de revanche. D’un autre côté, Charles II gardait rancune aux états généraux de l’hostilité personnelle qu’ils lui avaient témoignée jadis, au temps de son exil, ainsi que de la défiance qu’ils marquaient toujours à son neveu d’Orange, le futur Guillaume III. Toute autre considération mise à part, libre de suivre son penchant, il n’était donc pas bien difficile d’incliner Charles II du côté de la France, et, quant aux intérêts eux-mêmes de l’Angleterre, en cas de guerre entre la Hollande et Louis XIV, ce pouvait être une question que de savoir où ils étaient. Ne semblera-t-il pas que l’on oublie tout cela quand on insiste si complaisamment sur les intrigues de cour et sur les histoires de femmes ? sur la rivalité de la duchesse de Cleveland et de la duchesse de Portsmouth ? sur les maladies que ce roi libertin communiquait à ses maîtresses ? et, pour le seul plaisir de réduire l’histoire à