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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/682

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nous plaît qu’à demi, mais le Boïeldieu du Petit Chaperon rouge. De tous les ouvrages sérieux du maître rouennais, c’est celui-là que nous placerions aussitôt après la Dame blanche. Il l’a précédée de sept ans (1818).

Le conte de Perrault est devenu une honnête allégorie. L’action se passe au moyen âge, sur les terres du baron Rodolphe. Un vieil usage voulait que tous les ans, dans un village choisi par le suzerain, le sort désignât une jeune fille de seize ans pour aller pendant trois mois… cultiver les fleurs du château. Au bout de ce temps, elle recevait, si elle s’était bien comportée, une dot qui lui permettait de s’établir honnêtement. La gentille Rose d’Amour, le Petit Chaperon rouge, doit partir ; mais sa mère adoptive, qui dans le temps a fait le voyage, et qui s’est bien comportée, est moins ambitieuse pour la petite fille l’aide à fuir. Rose, coiffée du chaperon magique qui la rend inattaquable, ou tout au moins infaillible, va porter la galette et le pot de beurre légendaires à un vieil ermite qui la protège. Dans les bois, elle rencontre le baron Rodolphe, le loup. Il a, lui aussi, son talisman, un anneau magique qui le fait aimer ; mais le chaperon est le plus fort et le loup s’éloigne désappointé. Alors, sommeil de Rose d’Amour, songes d’or, visions d’hymen avec un seigneur vertueux qui pour vivre près d’elle s’est fait berger dans le vallon ; ballot des Plaisirs, triomphe et couronnement de l’innocence. Rose s’éveille bientôt et reprend sa route. Elle atteint l’ermitage, mais le loup l’y a devancée. Affublé d’une longue barbe et d’une robe de moine, il reçoit le petit Chaperon rouge. Heureusement il ne le mange pas. Le véritable ermite arrive à temps et révèle à Rodolphe que Rose est sa nièce, la fille de sa sœur Zélinde, abandonnée dès son enfance et recueillie par des paysans. Ne pouvant l’épouser, Rodolphe la marie au seigneur qu’elle a vu en rêve et qu’elle aimait sans connaître sa haute naissance. Ne raillons pas : Molière lui-même a parfois des dénoûmens aussi innocens.

La partition de Boïeldieu est plus riche que ce livret indigent. Elle a moins vieilli. Quelques-unes de ses grâces sont encore aussi fraîches qu’au premier jour. Depuis Grétry, depuis Nicolo même, le style musical s’est affiné. Le trio du premier acte : Qu’il serait doux d’être à mon âge Conduite auprès de monseigneur ! est écrit avec l’élégance et la pureté de Mozart. Comme les vides se sont comblés dans l’harmonie et dans l’orchestre ! Comme les ensembles ont pris de l’ampleur ! Ils n’avaient pas, avant Boïeldieu, cette variété d’incidens, cette animation musicale et scénique. Le finale du premier acte du Petit Chaperon rouge prépare à la scène de la vente dans la Dame blanche. Mais ce qui fait la haute valeur du Petit Chaperon rouge, c’est le troisième acte. L’air de Rodolphe