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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/646

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parti qu’en les accolant à des bataillons de volontaires. » Dans ces conditions, pour sortir de ce chaos, pour rétablir la discipline, prévenir la désertion qui s’accroît tous les jours, pour mettre un terme aux conflits des volontaires et de la troupe de ligne, quel parti va-t-on prendre ? Dans le comité militaire, les opinions étaient fort partagées : Aubry, Pontécoulant, Milhaud opinaient pour le maintien du statu quo ; les autres, ou n’avaient pas d’avis, ou comme les généraux présens à Paris et qu’on avait appelés, demandaient du temps pour réfléchir. Du premier coup, Dubois-Crancé, lui, trouve, indique la solution et par la vigueur de son argumentation l’impose à ses collègues.

L’amalgame est voté conformément à son plan : « Les gardes nationales et les troupes de ligne seront à l’avenir sous un seul et même régime, c’est-à-dire sans différence de paie, sans distinction de nom, ni d’uniforme, absolument assimilés l’un à l’autre, sous tous les rapports de la solde et de l’avancement. »

Quelques jours plus tard, le 21 février 1793, après un débat qui ne dura pas moins de deux semaines et dans lequel Dubois-Crancé défendit pied à pied son projet, la Convention l’adoptait à son tour, consacrant ainsi par son vote le principe fécond de l’unité de l’armée.

Toutefois ce n’était pas assez d’avoir proclamé ce principe : il fallait en assurer l’application et veiller à ce qu’il ne demeurât pas, comme tant d’autres, à l’état de lettre morte. Grosse difficulté ; car, ni les circonstances ne permettaient au printemps de 1793, ni les généraux, pour la plupart, n’étaient pressés de procéder à la nouvelle formation, et si mauvais que fût l’instrument existant, on n’y pouvait évidemment toucher, en l’état, sans s’exposer aux plus graves dangers. Avant de fondre les élémens si divers et si peu cohérens dont se composaient à cette époque les armées de la république, il était de toute nécessité d’avoir, avec ces armées, telles quelles, repoussé la coalition et vaincu les contre-révolutionnaires.

L’ajournement s’imposait donc, et Dubois-Crancé, bon gré mal gré, dut s’y résigner. Lyon, d’ailleurs, le réclamait, et, sur ce nouveau théâtre, il allait pendant plusieurs mois trouver, comme on le verra plus loin, l’emploi de ses facultés.

Mais à peine est-il rentré de sa mission, à peine a-t-il repris sa place au comité militaire, qu’il revient à la charge et qu’aussitôt, grâce à l’ardeur dont il est animé, grâce à l’activité qu’il déploie, la question prend une face et des proportions toutes nouvelles. Le 24 octobre, le jour même de sa réapparition aux séances, sur le tableau qu’il lui fait de la situation de l’armée, du désordre qui règne dans l’administration, des réclamations qu’il a reçues de tous côtés, le comité décide : « Qu’il sera demandé au ministre de la