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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/623

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et de Ligurie. Son service s’étendait jusqu’aux îles d’Elbe et de Corse ; il consistait principalement dans la protection des convois. Au mois de juillet 1811, le Renard se balançait tranquille sur ses ancres dans le port de Gênes. Le vent soufflait avec violence du sud-ouest. Que signale donc le sémaphore du cap Noli ? Le sémaphore signale un corsaire anglais à cinq ou six lieues de terre. Le capitaine Baudin prend à l’instant ses dispositions pour l’appareillage. « Allez-vous sortir par un temps pareil ? lui crie le commandant de la Pénélope, frégate mouillée à côté du Renard. — Soyez tranquille, répond Baudin, je connais mon brick. » Par le travers du cap Noli, le vent passe au nord-est et la mer tombe subitement. A quatre heures du matin, le Renard était devant la baie de Finale. Le corsaire s’y trouvait aussi : il avait mis ses embarcations à la mer et déjà deux des navires mouillés dans la baie étaient amarinés. Le Renard approchait comme un fin matois, déguisé de son mieux sous pavillon anglais. — N’oubliez pas que la ruse est permise : si jamais elle cessait de l’être, — la conscience publique est devenue si méticuleuse, — il ne faudrait pas négliger de le dire. Il était tellement rare, à cette époque, de rencontrer un navire de guerre français la mer que l’apparition du Renard, masqué sous ses fausses couleurs, n’interrompit en aucune façon les opérations du corsaire. Cependant, quand le Renard fut à portée de canon, la méprise pour un œil exercé cessa d’être possible. Changement complet de tableau : le corsaire abandonne ses embarcations, ses prises, déploie toutes ses voiles et prend chasse vers Toulon, espérant attirer l’ennemi du côté où veille d’habitude la croisière anglaise. La brise était fraîche du nord-est : les deux navires, courant vent arrière. filaient de dix à onze nœuds. A midi, après huit heures de chasse, la distance qui les séparait n’avait pas varié d’une encablure. Le capitaine Baudin se souvint que le Renard marchait généralement mieux la nuit que le jour. D’où pouvait provenir cette différence ? D’une répartition plus favorable des poids ? Rien ne coûtait d’essayer. L’équipage reçut l’ordre de prendre les hamacs aux bastingages, de les pendre dans le faux-pont et de se coucher. Soudain le brick s’élança en avant : à trois heures de l’après-midi, il joignait le corsaire à portée de pistolet. Au premier coup de semonce, l’Anglais amena son pavillon. Le Renard venait de s’emparer du fléau de la côte, du Three Brothers, corsaire de dix canons et de 100 hommes d’équipage, armé à Malte.

La nouvelle génération commençait à faire parler d’elle. Le 26 mai 1811, un brick anglais, l’Alacrity, paradait devant Bastia : le brick français l’Abeille sort du port et enlève ce navire ennemi en moins de trois quarts d’heure. Qui commandait l’Abeille ? Un