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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/605

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frimaire, le commissaire principal de la marine au Havre, M. Le Vacher, retournant de Paris à son poste, je lui fus confié par le ministre.

« Le premier navire de guerre sur lequel je fus embarqué s’appelait le Foudroyant. C’était une prame, — navire mixte à voiles et à rames, — de douze canons de 24, commandée par un brave lieutenant de vaisseau appelé Tuvache, dont je me rappellerai toujours l’excellent accueil, ainsi que celui de son second, le lieutenant Lebail. Il leur fallait beaucoup d’indulgence pour faire si bonne réception à un jeune novice qui se présentait avec toute l’inexpérience, et, par conséquent, avec tous les ridicules d’un Parisien sortant du collège. Je ne fus pas d’ailleurs longtemps sous leurs ordres : au bout d’un mois, le Foudroyant fut désarmé et je passai sur une des canonnières de la flottille destinée à la défense de la côte. Cette canonnière, assez méchant bateau, n’avait point de nom : elle était désignée par son numéro, — le numéro 46. Elle portait le guidon du commandant de la flottille, le capitaine Helloin de Vaudreuil. Pendant les six mois que je passai sur ce navire, notre navigation se borna uniquement à quelques sorties en rade du Havre. J’étais, du reste, fort libre, et j’employais mon temps à me perfectionner dans l’étude des mathématiques et du dessin.

« Au mois de juin 1800, je subis mon examen d’aspirant de deuxième classe. J’eus pour examinateur Monge le jeune, frère du célèbre mathématicien. Je fus reçu d’emblée. On faisait alors au Havre les préparatifs de l’expédition de découverte aux terres australes. Je ne pouvais entendre parler d’une semblable campagne sans désirer ardemment y prendre part. J’écrivis à ma mère et aux amis de mon père à Paris : ils s’employèrent activement à seconder mon projet, mais il leur fallut s’adresser au premier consul en personne, car les places, dans cette expédition, étaient extrêmement recherchées.

« Enfin, je fus agréé et je commençai mon service d’aspirant à bord du Géographe, grande et belle corvette, toute neuve, de trente-deux canons, que devait monter le commandant de l’expédition, le capitaine de vaisseau Nicolas Baudin. Nous portions le même nom : aucun lieu de parenté ne nous unissait. Ma joie était extrême : le bonheur de porter l’uniforme, d’exercer ma petite part d’autorité, la perspective d’un voyage lointain et fécond en aven-turcs, tout cela m’enivrait.

« Nous arrivâmes à l’Ile-de-France dans les premiers jours de mars 1801, après cent cinquante jours de traversée. Cette colonie, tout en restant attachée à la France, s’était cependant maintenue indépendante en ce qui concernait le régime de l’esclavage : elle