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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/491

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problème a été posé : celui du principe des choses, de la cause première, et ce problème a été résolu par un nombre toujours croissant d’adeptes dans un sens tout négatif. Il est curieux de confronter à cette occasion l’état des esprits en Angleterre et en France sur cette question d’où toutes les autres dépendent. La crise est analogue et l’on peut y voir une marque de cette solidarité des consciences qui unit deux peuples très divers, d’ailleurs, lorsqu’ils sont arrivés au même degré de civilisation et de culture scientifique.

Un des plus exacts documens sur ce sujet est celui que nous fournissait, il y a quelques années, M. Gladstone en un jour de loisir politique et d’interrègne ministériel, quand il essayait de préciser et de décrire les courans de la pensée religieuse [1]. C’est l’originalité de l’esprit anglais, qui est resté fidèle à la méthode baconienne, de réduire toutes les divergences d’opinion en catégories distinctes, ce qui multiplie les sectes et les subdivisions de sectes à l’infini. Chacune d’elles y trouve sa place, son rang et son nom ; aucune n’échappe au génie de la classification. M. Gladstone partageait les esprits en deux catégories, suivant qu’ils admettent ou non un principe supérieur à la nature et distinct d’elle, avec toutes les conséquences qu’il comporte. Dans le premier de ces groupes il rangeait les partisans de l’infaillibilité papale, les chrétiens qui attribuent à leur église une institution divine (épiscopaux, vieux catholiques, etc.), les diverses sectes évangéliques, les universalistes, les unitaires, enfin la plupart des théistes. Dans le second groupe, qu’il qualifiait d’école négative, prenaient rang les sceptiques, les athées, les agnostiques, les sécularistes, les néo-païens (revived paganism), les panthéistes et les positivistes. Sur le terrain où nous nous sommes placés pour cette étude, nous ne retiendrons, pour nous en occuper un instant, que ces deux sectes, d’un caractère très particulier, qui se sont attribué à elles-mêmes les noms nouveaux de sécularistes et d’agnostiques.

L’agnosticisme est la théorie de l’abstention systématique et de la résignation volontaire à l’ignorance sur tout ce qui touche au supra-sensible. C’est ce qui reste après les luttes entreprises, au nom de la science expérimentale, contre le surnaturel et la métaphysique ; c’est le résidu des idées positivistes, mais débarrassé de tout ce qui tient à un système et à une école. Bien que cet état de conscience ait en des facteurs historiques en Angleterre, tels que les ouvrages issus du comtisme, ou bien encore l’Origine des espèces de Darwin,

  1. The courses or religions thought. (Contemporary Review, juin 1870.) Voir aussi le livre très intéressant du comte Goblet d’Alviella, l’Évolution religieuse contemporaine, spécialement dans les chapitres relatifs à l’Angleterre.