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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/241

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L’Angleterre sort à peine de ses élections récentes, qui ont été pour elle, comme les élections d’octobre l’ont été pour la France, le plus sérieux événement intérieur de l’année expirante. Tous les votes sont maintenant connus, et la situation créée parce dernier scrutin ne laisse pas d’être curieuse, difficile pour tous les partis, pour les libéraux comme pour les conservateurs, pour l’opposition comme pour le ministère. Matériellement, au premier aspect, le résultat des élections n’a sans doute rien d’incertain. Les libéraux ont un peu plus de 330 voix, les conservateurs ne comptent que 250 élus. S’il n’y avait que les deux grandes opinions anglaises en présence, la difficulté serait déjà résolue; mais entre les deux camps il y a M. Parnell, qui, avec son bataillon de 86 Irlandais, reste le maître de déplacer, de faire ou de défaire les majorités dans le parlement britannique. Les Irlandais doivent aujourd’hui au scrutin cet étrange pouvoir de décider jusqu’à un certain point de la politique de l’Angleterre, de l’existence des ministères en donnant ou en refusant leur appui" aux uns ou aux autres, et c’est là justement la question qui émeut, qui divise les partis à la veille de la session prochaine du nouveau parlement. Le ministère, qui n’a pas cru devoir donner sa démission, comptant sans doute sur les difficultés mêmes de la situation pour se maintenir au pouvoir, le ministère de lord Salisbury ne semble pas jusqu’ici disposé à subir les conditions des Irlandais, à acheter trop cher leur appui. Il sent qu’à ce jeu il risquerait de s’aliéner le sentiment anglais pour n’avoir d’ailleurs qu’une majorité insuffisante et précaire. En revanche, c’est M. Gladstone, qui, changeant tout à coup d’attitude et de conduite depuis les élections, serait, dit-on, occupé à négocier une alliance avec M. Parnell et aurait même, à ce qu’on assure toujours, soumis ses projets à la reine.

Il ne s’agissait de rien moins que de donner une large satisfaction à la politique du Home-nulr, d’accorder à l’Irlande un parlement siégeant à Dublin, le droit de législation et de police chez elle, une autonomie à peu près complète, sous l’unique réserve des droits dfe la couronne et de l’intégrité de l’empire britannique. M. Gladstone n’a démenti que vaguement le bruit de ces négociations : ce grand vieillard est capable de toutes les hardiesses ! S’il poussait cependant jusqu’au bout cette tentative, certes plus hasardeuse que toutes les autres il risquerait fort de n’être pas suivi cette fois par tout son parti, par des hommes comme lord Hartington, M. Goschen, M. Forster, qui désavouent déjà toute participation à ces négociations. Ce serait une scission du parti libéral qui conduirait peut-être à des combinaisons nouvelles, à une alliance de libéraux et de conservateurs unis contre des projets qui ne seraient rien moins qu’une révolution. C’est pourtant un étrange retour, une loi vengeresse de l’histoire, qu’aujourd’hui en 1885, en 1886,1a malheureuse Irlande, si souvent victime, pèse en-