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Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/233

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reconnaître nos droits, notre suprématie. 11 y a toute une situation créée e’c acquise au prix du sang versé et de centaines de millions dépensés. N’y aurait-il pas comme un aveu d’impuissance et une étrange versatilité à se retirer aujourd’hui, lorsque les plus grands sacrifices sont faits, quand les plus sérieuses difficultés sont vaincues ? Si on s’était borné encore à démontrer la nécessité de s’en tenir à une occupation prudemment organisée, sans se jeter dans des entreprises nouvelles et indéOnies, à exiger du gouvernement des idées nettes, des comptes précis, un système de conduite réfléchi et coordonné, rien n’eût été plus naturel et plus juste ; mais non, ce qui a été en discussion pendant quelques jours, ce que la commission désormais fameuse des 33 a proposé et soutenu jusqu’au bout, c’est la nécessité de s’en aller, de liquider au plus vite, d’abandonner le Tonkin. M occupation, ni protectorat, la retraite pure et simple : voilà qui est clair et net I Liquider, se retirer, c’est bientôt dit, c’est bon à mettre dans un rapport parlementaire ou dans un discours. Malheureusement, il n’est pas douteux que le jour où la France se retirerait ainsi, elle déclarerait une sorte de faillite. Elle laisserait, en quittant ces rivages, son honneur et ses intérêts compromis pour longtemps, ses clientèles exposées aux représailles sanglantes, le pays livré aux massacres et à l’incendie ; elle perdrait d’un seul coup son crédit dans le monde et elle pourrait à peine reparaître dans l’extrême Orient. On aurait pu, dit-on, négocier, négocier encore pour couvrir une retraite devenue nécessaire, désirée ou acceptée par l’opinion ; mais il y a déjà des traités avec la Chine, avec l’Annam, des traités reconnus, ratifiés. Pense-t-on qu’il serait bien aisé et surtout bien digne pour la France de jouer avec sa signature, de passer la première partie de l’année à négocier pour faire reconnaître ses droits et la seconde partie de l’année à négocier encore pour défaire tout ce qui a été fait, pour préparer un assez misérable départ ? Si nous biffons d’un trait de plume nos traités d’hier, quelle valeur auraient les traités que nous offririons aujourd’hui ? Si nous renonçons d’avance aux gagea que nous possédons, quels moyens aurions-nous de faire respecter tous ces eugagemens successifs et contradictoires ?

Ce n’est là, en réalité, qu’une politique d’équivoques et de subterfuges cachant à peine une défaillance proposée par les partis dans un intérêt de fausse popularité. Les partisans de l’évacuation n’ont pas triomphé, il est vrai, on n’est pas allé jusque-là au scrutin, — et on n’a pas beaucoup mieux fait. Les crédits demandés par le gouvernement, énergiquement défendus par M. le président du conseil, par M. le ministre des alïaires étrangères, par M. le ministre de la guerre, n’ont pas été précisément refusés, —-— ils n’ont été accordés qu’à quelques voix de majorité, par un vote presque douteux peu fait pour réconforter