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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/962

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LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE

On n’avait pas vu depuis longtemps le marché financier subir des secousses aussi violentes que celles qui l’ont agité pendant cette première quinzaine d’avril. Il faut remonter, pour trouver une situation de place ayant quelque analogie, jusqu’aux jours néfastes de la chute de l’Union générale. Cependant on ne se trouve pas aujourd’hui en présence d’un krach général des valeurs, — celles-ci n’étaient pas à des cours qui pussent faire redouter une catastrophe, — on assiste seulement à la liquidation précipitée et laborieuse, sous le coup d’événemens imprévus, d’une habile et savante spéculation qui s’était formée depuis près d’un an sur nos fonds publics et sur quelques fonds étrangers.

Cette spéculation ne tenait aucun compte de la situation politique générale, non plus que des conditions économiques fâcheuses résultant, pour notre pays, du chômage industriel, des souffrances de l’agriculture, de la stagnation continue des affaires, de la moins-value dans le rendement des impôts, et des charges de plus en plus importantes que nous imposait le développement exagéré pris par notre expédition dans l’extrême Orient.

La fameuse dépêche du général Brière de l’Isle, livrée au public dans la journée du 30 mars, est venue brusquer un revirement dont l’approche se faisait déjà pressentir à certains symptômes. Les commencemens du conflit anglo-russe avaient affecté les Consolidés, mais nos rentes avaient tenu bon. La nouvelle de la retraite de Lang-Son leur fit perdre d’un coup trois unités. Le lendemain lundi, on vit un moment le 3 pour 100 tomber au-dessous de 77 francs, et le 4 1/2 à 107. On put apercevoir aussitôt combien peu de vitalité avait ce mouvement de hausse qui avait eu jusqu’alors si bonne mine, et combien la place était encore mal guérie de ses anciennes blessures. Un désastre au Tonkin (la dépêche si fâcheuse du 30 mars autorisait à croire à un désastre), la chute du cabinet Ferry, le désarroi gouvernemental, c’était plus que n’en pouvait supporter notre marché. La liquidation dut s’opérer dans des conditions déplorables, moins encore au point de vue des cours qu’à celui du sentiment de défiance avec lequel les intermédiaires abordaient le règlement des comptes. Les taux de