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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/957

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tous les cas, le gouvernement qui vient de se former a une opinion précise à se faire, une direction à choisir. À son arrivée au pouvoir, le ministère a la chance de trouver la paix à peu près faite dans l’extrême Orient ; les préliminaires du moins sont signés, ils ont été déjà ratifiés à Pékin, et les hostilités sont suspendues sur la frontière du Tonkin. Tout n’est pas encore fini cependant. Cette paix, qui vient d’être signée avec la Chine, qui fait revivre la convention de Tien-Tsin, elle peut passer par plus d’une épreuve avant de devenir définitive, et, fût-elle dès ce moment réelle, sincèrement acceptée par la Chine, il y aurait assurément la plus grave imprudence à rechercher une fausse et vaine popularité par la diminution de nos forces au Tonkin, par la suspension des mesures militaires déjà résolues. Ces forces, qu’on se disposait à envoyer pour la guerre, elles resteront sans doute longtemps encore nécessaires pour garantir la paix. Si le gouvernement a quelque prévoyance, il doit se tenir en garde contre toutes les surprises, contre des incidens qui engageraient de nouveau et plus que jamais la France dans ces complications lointaines. — Quant à la politique intérieure, le nouveau ministère semble pour le moment borner sa mission à réserver toutes les questions qui touchent aux intérêts permanens du pays et à garantir la liberté, la sincérité des élections, pour lesquelles tous les partis en sont déjà à se préparer et à s’organiser. C’est fort bien ; il reste à savoir si le ministère exécutera jusqu’au bout son programme, s’il saura résister aux pressions violentes, s’il ne laissera pas renaître quelques-unes de ces questions irritantes par lesquelles les partis se flattent quelquefois d’abuser l’opinion et de se tirer des situations difficiles. C’est un procédé familier à certains républicains qui ont si bien servi la république jusqu’ici ! on est dans des embarras qu’on s’est créés par toute sorte d’imprévoyances et de violences, on croit se tirer d’affaire par des violences nouvelles. Et les républicains qui agissent, qui parlent ainsi ne voient pas qu’ils ne font qu’avouer leur impuissance, leur inaptitude à gouverner une nation comme la France, en créant à la république des impossibilités croissantes.

La saison, d’ailleurs, n’est propice pour personne et, à consulter les augures, comme on le fait volontiers au retour de chaque printemps, il faut avouer que, pour cette année, les augures ne sont pas des plus favorables. Ce printemps est gris et maussade de toutes façons ; il l’est surtout en politique, pour les affaires du monde, et bien habile serait celui qui pourrait dire ce que cachent tous les nuages amassés à l’horizon. On a beau parler toujours de la paix, multiplier les combinaisons pour sauvegarder la paix, les conflits naissent ou renaissent de toutes parts. Depuis des années on a vraiment accumulé tant de complications par la politique des conquêtes, des annexions,