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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/956

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prêt à tout faire, M. Constans, ancien ministre de l’intérieur avec M. Jules Ferry et M. de Freycinet, qui a été récemment rapporteur de la loi sur le scrutin de liste. M. Constans n’a pas été le moins du monde embarrassé ; il a préparé son ministère, sans s’étonner d’être improvisé président du conseil, lorsqu’on s’est aperçu que tout ce qu’on faisait n’était peut-être pas bien sérieux, que les jours passaient, que l’opinion commençait à se lasser et qu’il vaudrait mieux faire un dernier appel à un homme demeuré jusqu’ici dans une certaine réserve, à M. le président de la chambre lui-même. M. le président de la chambre, qui a eu déjà l’occasion de refuser de prendre le pouvoir, a accepté cette fois, et c’est ainsi qu’un nouveau ministère est né sous la présidence de M. Henri Brisson, devenant garde des sceaux avec M. de Freycinet aux affaires étrangères, M. le général Cam-penon à la guerre, M. Allain-Targé à l’intérieur, M. Goblet à l’instruction publique et aux cultes, M. Clamageran aux finances.

Le nouveau chef du cabinet est certainement un homme d’une bonne tenue, d’une attitude correcte, qui passe même pour avoir quelque sévérité d’habitudes. Il a l’avantage d’être resté depuis assez longtemps, par sa position de président de la chambre, en dehors de la mêlée des partis et d’avoir pu, s’il l’a voulu, se faire une certaine impartialité qui serait aussi bien placée à la présidence du conseil qu’à la présidence de la chambre ; il a l’inconvénient d’entrer pour la première fois au pouvoir sans préparation, avec l’inexpérience des affaires et des hommes, et de plus avec un vieux fonds de fanatisme de secte, avec des instincts de radicalisme qui se sont manifestés plus d’une fois, avec les préjugés d’un esprit plus obstiné que large. Dans tous les cas, c’est la fin de la crise, c’est le dénoûment de cet imbroglio de huit jours où tout a été essayé, où toutes les fantaisies, toutes les ambitions se sont donné libre carrière aux dépens des intérêts les plus pressans du pays.

Et maintenant que fera ce ministère ainsi reconstitué, appelé à recueillir dans des circonstances pénibles un difficile héritage ? La déclaration par laquelle il a signalé son avènement et qu’il a portée devant les chambres avant leur récente séparation pour la session des conseils généraux, cette déclaration est assez vague et reste un programme comme tous les programmes ; elle dit tout ce qu’on voudra lui faire dire : elle brille par la réserve et la circonspection plus que par les assurances précises et les promesses bien définies. Tout dépend évidemment de l’esprit que le nouveau cabinet portera dans l’exécution de son programme, dans le maniement des affaires de tous les jours, dans ses rapports avec les partis qui ne tarderont pas à s’agiter autour de lui, à le presser de leurs exigences, à lui demander des concessions et peut-être des gages. Sur deux points essentiels, dans