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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/955

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pas racheté par cet abandon intéressé, qui n’est qu’une versatilité de plus, ses anciennes complicités. Dans tous les cas, la responsabilité reste commune au ministre tombé et à la majorité qui s’est dispersée après sa chute ; mais voici où la situation devient en vérité assez étrange. Tandis que ces faits se précipitaient, il y avait une circonstance qu’on ne connaissait pas. Une négociation était secrètement engagée pour la paix, non, il est vrai, avec un plénipotentiaire officiel de la Chine, mais avec un personnage anglais, M. Robert Hart, qui occupe une position supérieure dans l’administration chinoise et qui était suffisamment accrédité. Un instant, à ce qu’il semble, on a pu craindre que la négociation fût compromise par les affaires de Lang-Son : il n’en a rien été, elle a continué discrètement au bruit des dernières agitations parlementaires, elle est même arrivée à un dénoûment. De sorte qu’au moment où M. Jules Ferry tombait, où la majorité l’abandonnait, la paix était déjà préparée, presque signée, — elle l’a été depuis, — et c’est dans ces conditions singulières, certainement assez compliquées, que s’ouvrait cette crise laborieuse d’où allait sortir un nouveau ministère.

L’œuvre n’était certes pas facile dans cette confusion d’incidens précipités, dans cet étrange et soudain désarroi des esprits, et pendant quelques jours, on a pu voir s’agiter tout ce monde affairé de prétendons connus et inconnus. On a vu passer et se reproduire ces intrigues, ces rivalités, ces compétitions qui font des crises ministérielles, ce que M. Jules Ferry, aujourd’hui qu’il est retiré des affaires, appelle un « vaudeville à surprise, » — après la « chasse au renard, » dont il se considère sans doute comme la victime. Au premier moment, M. de Freycinet, qui est un candidat perpétuel au pouvoir, quoiqu’il n’ait pas été précisément un ministre des plus heureux, M. de Freycinet a été appelé par M. le président de la république, et il s’est mis au travail pour refaire un gouvernement. M. de Freycinet a négocié, il a consulté, il a prétendu résoudre le problème de la conciliation universelle entre républicains. Il a cru pouvoir réunir dans un même ministère des hommes des divers groupes républicains du parlement, quelques membres de l’ancienne majorité et quelques membres de la majorité nouvelle qui a décidé de la chute de M. Jules Ferry, des opportunistes et des radicaux : il est allé même jusqu’à M. Floquet ! mais il n’a pas tardé à s’apercevoir qu’il ne réussissait pas dans ses amalgames, qu’il aurait de la peine à rétablir la paix, à garder l’équilibre entre radicaux et opportunistes et, après avoir tenté toutes les combinaisons, après avoir classé les influences, après avoir essayé de toutes les répartitions de portefeuilles, il a été bientôt obligé de reconnaître qu’il n’avait rien fait. On s’est adressé alors à un personnage de bonne volonté, qui parait ne douter de rien et s’est trouvé