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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/953

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tombait sur le champ de bataille parlementaire, sans avoir combattu, sans avoir essayé de se défendre. C’est à peine s’il échappait à une proposition de mise en accusation et aux manifestations populaires, qui commençaient à paraître autour du Palais-Bourbon. Puissant en apparence dans le parlement, il y a quelques jours encore, M. Jules Ferry est certes tombé assez tristement, assez misérablement, et il a eu en définitive la chute qu’il avait méritée, qu’il s’était préparée par ses fautes. La fatale erreur du dernier président du conseil, particulièrement dans ces affaires qui lui ont valu une si médiocre fin, a été de se figurer qu’il pouvait impunément tromper tout le monde, d’engager le pays et le parlement dans des aventures sans leur dire où il les conduisait, de se lancer dans des expéditions mal combinées, mal préparées, sans s’inquiéter de ce qui en résulterait. Au lieu d’avouer sans détour et sans déguisement la politique qu’il avait à proposer, qui pouvait avoir sa valeur, qui pouvait aussi être discutée et ramenée à sa vraie mesure, il a cru pouvoir suppléer à tout par des duplicités et des subterfuges, par une certaine habileté de manœuvre et de tactique. Il est allé au hasard, subissant la loi des événemens, comme il l’a dit un jour avec naïveté, se laissant entraîner dans une entreprise progressivement aggravée sans donner à nos chefs militaires les moyens de remplir leur mission, faisant la guerre sans le dire, promettant une paix toujours fuyante et se flattant d’aller jusqu’au bout avec l’appui complaisant d’une majorité satisfaite, liée par ses complicités, par une série de témoignages de confiance. M. Jules Ferry ne s’est point aperçu qu’à ce jeu de toutes les témérités périlleuses, il ne pouvait se faire absoudre que par le succès, qu’au premier échec trop brutal, il serait abandonné par ceux-là même qui, jusque-là, ne lui avaient pas marchandé leur appui, qu’il verrait se relever contre lui tout ce qu’il avait fait et ce qu’il n’avait pas fait. Ce jour-là est venu, et, par une circonstance curieuse, à la jactance de la veille le chef du cabinet a ajouté la défaillance du lendemain.

A la nouvelle des malheureux incidens de Lang-Son qui trompaient tous ses calculs, il s’est senti visiblement déconcerté. Il a été le premier à mettre le feu à l’opinion par ses divulgations aussi indiscrètes qu’imprévoyantes, et ici, en vérité, il faut remarquer l’étrange rôle qu’on fait au télégraphe dans les plus délicates affaires d’intérêt public. Le télégraphe est sans doute un moyen de communication dont on ne peut plus se passer, qui est dans les mœurs du temps. Il est bien clair cependant qu’il y a souvent un véritable danger à improviser des résolutions d’état sur des télégrammes, — on l’a vu en 1870 ! — et qu’un gouvernement ne doit au public ni les impressions que ses diplomates et ses généraux peuvent lui transmettre dans un premier moment, ni les nouvelles nécessairement sommaires et incomplètes qu’il reçoit. Les chefs de la diplomatie et de l’armée ne sont pas