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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/942

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Regardons d’abord au caractère du héros. C’est un imposteur, et qui fait profession d’imposture. Il a imaginé, de sang-froid, une religion pour asservir les hommes ; il ne l’envoie pas dire, il vient le dire lui-même dans La Mecque, à la faveur d’une trêve, et dans le palais de Zopire, « sheich ou shérif » de la ville. A peine entré, il congédie sa suite et se retourne vers son lieutenant :

Toi, reste, bravo Omar ; il est temps que mon cœur
De ses derniers replis t’ouvre la profondeur.

Satisfait de cet exorde, l’orateur entre en matière avec bravoure :

Les préjugés, ami, sont les rois du vulgaire.

Il déclare loyalement que, certain oracle ayant promis l’univers au missionnaire guerrier qui serait reçu dans La Mecque sans coup férir, il veut en tirer parti :

Je viens mettre à profit les erreurs de la terre.

Cependant un souci amoureux interrompt cet exposé de doctrine ; par une transition d’une maladresse honnête, l’envoyé de Dieu demande à son aide-de-camp ce qu’il pense de sa belle et de son rival. C’est à l’ennemi, à Zopire, que le faux prophète réserve le reste de son programme et l’entière confidence de sa fausseté. Interpellé par lui dans le tête-à-tête, il le toise, et, politiquement, il lui fait l’honneur d’être franc avec lui :

Si j’avais à répondre à d’autres qu’à Zopire,
Je ne ferais parler que le Dieu qui m’inspire.

Mais, entre hommes forts, à quoi bon les balivernes ?

Vois quel est Mahomet ; nous sommes seuls… Écoute.

D’abord, cet aveu, atténué par une remarque philosophique :

Je suis ambitieux : tout homme l’est sans doute…

Quel autre ambitieux, cependant, a formé un dessein aussi grandiose ? Pour préparer Zopire à ce dessein, Mahomet lui fait un discours sur l’histoire universelle, dans le goût de Mithridate ou de Petit-Jean :

Chaque peuple à son tour a brillé sur la terre…
Vois du nord au midi l’univers désolé…
Vois l’empire romain tombant de toutes parts…