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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/938

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Odéon : Feu de paille, comédie en 1 acte, en vers, par M. Emile Guiard. — Mahomet.


L’Odéon, dans cette disette où nous sommes, nous a régalés d’un grain de mil, ou plutôt de bon blé, qui, même en d’autres temps, aurait fait notre affaire. C’est une comédie de peu de poids que la nouvelle pièce de M. Emile Guiard, Feu de paille : c’est pourtant une comédie. Cet opuscule, si modeste qu’il soit, contient un soupçon de matière comique ; et surtout il a le ton et le Jour du genre. Un neveu de M. Augier, voilà bien l’auteur : il est de vraie souche gauloise, et de spirituelle et robuste bourgeoisie. Sa malice a de la bonhomie et sa verve est toute franche : sa gaîté, qui n’exclut pas une grâce honnête, parait l’humeur d’une santé heureuse ; il aurait de l’éloquence à l’occasion, ce ne serait que l’emploi naturel de sa force. Qu’il s’agisse d’exprimer une idée plaisante, il trouve le trait agile et qui va droit ; qu’il s’agisse de soutenir quelque sérieuse pensée, il a le discours plein et dru. Dans l’un et l’autre cas, il est le maître de son vers et le manie avec aisance. Même, à parler net, le talent de M. Guiard nous paraît assez vigoureux, et, malgré quelques menues fautes, assez sûr de lui maintenant pour qu’on souhaite de le voir s’ébattre en de plus grands sujets. Certain personnage de Feu de paille, un mari fidèle, mais fat, qui se croit volontiers menacé de devenir infidèle et qui s’en désole, mériterait, à lui seul, plus d’espace pour développer son caractère. Comment une jeune veuve, conseillée par la femme de cet innocent et usant de son travers, feint de nouer une intrigue avec lui pour attiser la jalousie d’un galant, refroidi tout à l’heure par l’hypothèse de justes noces ; comment elle s’aperçoit, après avoir rallumé cet amour, qu’elle n’a pour un tel prétendant que les sentimens qu’il mérite, et comment ce double feu est reconnu pour « feu de paille, » — conter cette