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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/911

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causer. La nuit est venue, assombrie par quelques nuages. Par momens, des hommes circulent entre les tentes et les chevaux ; dans un coin du camp, un chamelier psalmodie un chant plaintif. Mais bientôt tout se tait. On ne voit plus que la lueur tremblotante d’un feu qui s’éteint et l’on n’entend plus que le bruit des chameaux qui broutent des pousses de mauve, des chevaux et des mules qui broient l’orge.

Le 6 mars.

… Il est midi, nous faisons halte dans un défilé, auprès d’un puits, pour prendre quelques instans de repos à cette heure brûlante. A quelques pas de la margelle, un chameau mort est étendu, à moitié dévoré par une bande d’oiseaux de proie qui s’est envolée à notre approche. Toute la route est ainsi jalonnée par des squelettes d’animaux ; c’est, d’ailleurs, le seul indice qui marque le chemin.

On nous annonce qu’une caravane, marchant en sens inverse de la nôtre, est en vue et que, à en juger par l’importance de son escorte, ce doit être quelque grand personnage en voyage.

Ce sont des femmes du sultan qui se rendent à un pèlerinage. Des cavaliers viennent en tête, avec de longs fez très pointus entourés d’un turban blanc et portant horizontalement sur la selle leurs fusils enveloppés dans des étuis de drap rouge. Au-delà, à 20 mètres de distance, six femmes les suivent, montées sur de grands mulets noirs, mais mises en selle comme des hommes, les jambes pendantes de chaque côté de la monture. De larges burnous bleus les enveloppent de la tête aux pieds, et leur visage est caché par un voile blanc fendu à hauteur des yeux ; des eunuques noirs du Soudan, à face de brutes, les entourent. Elles sont suivies par une vingtaine de négresses juchées sur le paquetage des mules de bât, et, par derrière, on voit se balancer sur le dos des chameaux des charges énormes renfermant tout l’attirail d’un harem en voyage.

Nous avions espéré pouvoir surprendre, entre les plis de leurs voiles, quelque chose de la physionomie de ces femmes quand elles passeraient près de nous pour franchir le défilé où nous faisons halte ; mais, sur un ordre de leurs eunuques, elles ont brusquement tourné la tête du côté opposé et nous n’avons même pas vu leurs yeux.

Le 7 mars.

Cinquième jour de route. Notre voyage se continue, monotone et fatigant. Le pays est devenu accidenté. Nous avons à franchir un