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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/899

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La kasbah, comme toutes les citadelles des villes musulmanes renferme dans ses murs une prison, un trésor, une mosquée, et la résidence du pacha. Cela forme une masse confuse de bâtimens délabrés ou en ruines, où l’on retrouve ça et là quelque gracieux détail d’architecture arabe, l’élégante ogive d’une porte, les enlacemens délicats d’une inscription du Coran qui se déroule sur une frise, un plafond en bois de cèdre sculpté d’où pendent des stalactites d’un merveilleux travail et qui eût pu décorer une salle de l’Alhambra.

C’est aussi à la kasbah qu’est situé le palais du ministre du sultan, chargé d’entretenir les rapports diplomatiques avec les représentans des puissances accrédités à Tanger. Le nom de palais est toutefois bien pompeux pour l’appliquer à la résidence de Si-Mohammed-Bargash.

Hier, pour la première fois, j’ai accompagné le ministre de France, M. Ordega, dans une visite qu’il rendait à ce haut personnage. On nous a introduits dans une petite salle prenant le jour sur un patio par une porte basse, découpée en ogive, si basse que pour entrer il nous a fallu incliner la tête. La pièce où nous nous trouvions et qui était le cabinet même du ministre, était simplement blanchie à la chaux et n’avait d’autre ornement qu’un coucou accroché au mur. Comme mobilier, des nattes, un divan, quatre chaises en paille dépareillées. Sur le sol, la correspondance était tout éparpillée, entre un bol plein d’eau et un chandelier ; dans un coin, un thaleb accroupi écrivait sur son genou. Si-Bargash était vêtu d’un caftan saumon et enveloppé de la tête aux pieds d’un large burnous fin, souple et d’une blancheur irréprochable. Pendant l’entretien, que la nécessité de se servir d’un drogman a rendu fort long, je n’ai pu me lasser d’étudier la physionomie expressive du vieux ministre, l’éclat perçant de ses petits yeux plongés dans l’ombre de son turban, son impassibilité dans le débat assez vif qui s’était engagé, la juste mesure de ses gestes et l’élégance de sa main blanche, aux doigts effilés et soignés comme des doigts de femme.

Tanger le 15 janvier.

Aujourd’hui, hunting party, chasse au sanglier, à lance. C’est la seule distraction du corps diplomatique accrédité à Tanger. Le grand chérif de Ouezzan et quelques officiers de Gibraltar ont été invités à se joindre à nous.

On part de bonne heure pour arriver vers neuf heures au lieu du